Mardi 27 août
Nous retrouvons aujourd'hui les États-Unis, après avoir traversé le Canada en seulement une semaine. Le passage en douane, en fin de matinée, est bien plus agréable qu'il ne l'avait été à l'entrée en Alaska. Les douaniers du Montana sont peut-être moins habitués à rencontrer des motards européens, et ils sont très gentils, nous posant même quelques questions sur le voyage et ce que nous avons aimé ou non. Après que le préposé au contrôle ait enfin réussi à rentrer nos plaques étrangères dans son registre informatique, nous pouvons à nouveau rentrer aux USA. Nous quittons donc le Canada, que nous n'avons fait que traverser tout droit cette fois-ci. Espérons que nous aurons l'occasion d'y retourner dans quelques mois - le temps restant et la météo en décideront.
Juste après la douane, je me décide à m'arrêter pour vider le bidon d'essence qui est encore accroché sur me moto. Il était là pour le cas où le nombre de stations service se ferait trop nombreux, mais le risque que cela arrive semble être devenu à peu près nul. En plus, les températures augmentent au fur et à mesure que nous descendons de plus en plus au Sud, et garder un bidon d'essence fermé dans les chaleurs que nous aurons sûrement bientôt n'est certainement pas une grande idée. Nous bataillons un bon moment avec le système de sécurité (débile) du tuyau du jerrycan, avant qu'un automobiliste qui nous voit lutter ne vienne nous aider. Il nous amène un vieux magazine roulé, et l'insère dans le goulot du réservoir, nous permettant ainsi de vider directement le jerrycan sans utiliser le tuyau.
A Shelby, un immense drapeau américain de plusieurs mètres de côté trône au sommet d'une colline et nous confirme que nous sommes bien revenus. Le paysage est toujours fait de plaines, et les portails de ranch se succèdent au bord de la route.
Alors que nous nous approchons de Great Falls, la moto d'Aurore commence à avoir des ratés sur l'autoroute. A plusieurs reprises, les gaz se coupent pendant deux ou trois secondes à la fois, avant de reprendre. Nous nous arrêtons sur la bande d'arrêt d'urgence, et je cherche à voir s'il y a une fuite d'essence quelque part, mais ça ne semble pas être le cas. Mais cela continue encore toute la dernière heure de route, jusqu'à ce que nous arrivions dans l'allée qui mène à la maison de notre hôte de ce soir. Alors que nous nous y garons, ce dernier nous fait signe de venir poser les motos devant son garage. La moto d'Aurore ne démarre alors plus du tout, et nous sommes obligés de la pousser sur ces quelques mètres.
Notre hôte, Jeff, est visiblement motard et s'y connaît un peu. De plus, il a tous les outils nécessaires dans son garage. Nous essayons d'atteindre les bougies pour voir s'il y a un problème de ce côté-là, mais sur la BMW elles sont quasi-inaccessibles. Jeff nous aide, mais à nous trois, nous n'avons vraiment pas d'idée valable, si ce n'est la possibilité qu'une saleté soit venue dans le réservoir d'essence, au moment de vider le jerrycan. Après une heure à essayer de trouver, nous remontons tout, et j'essaie de démarrer le moteur : il part sans souci... Toujours ça de gagné, même si nous n'avons aucune idée de ce que nous avons bien pu faire pour que cela aille mieux. Nous irons demain trouver un garage pour voir si nous pouvons y obtenir un peu d'aide. Jeff nous en indique plusieurs, et nous conseille d'aller chez l'un d'entre eux en particulier. En attendant, il nous offre gentiment de partager son repas et nous dinons ensemble sur la magnifique terrasse de sa maison, avec vue sur les plaines au Sud de la ville.
Au réveil, nous partons au garage Suzuki de Great Falls. Le patron de l'atelier est un ancien mécanicien BMW, mais il y a longtemps qu'il ne travaille plus chez eux. Malgré tout, voyant que nous sommes en voyage, il essaie avec l'aide d'un de ses mécanos de nous aider. Ce n'est pas un problème de bougie, mais ils n'arrivent pas à trouver quoi que ce soit qui cloche, eux non plus. D'ailleurs, la moto est encore repartie au quart de tour ce matin, et n'a pas fait d'histoires jusqu'au garage. Le chef nous propose de rouler et de nous arrêter dès que possible dans un garage BMW pour la brancher sur l'ordinateur et voir s'il y a quelque chose d'anormal. C'est le problème, avec ces motos : tant qu'elles vont bien, tout est parfait, et dès qu'il y a un souci, il faut presque toujours les amener chez le concessionnaire pour les brancher..
Le garage BMW le plus proche est à Missoula, à trois heures de route vers l'Ouest, c'est-à-dire pas du tout là où nous allons. Alors tant pis, nous allons rouler comme prévu vers Yellowstone, et espérer que la moto tienne jusqu'à Salt Lake City.
Wednesday, September 25, 2013
Friday, September 20, 2013
Dernières heures au Canada
Lundi 26 août
Le soleil est pleinement au rendez-vous aujourd'hui après les averses des derniers jours. Après Banff, la route longe encore pendant quelques kilomètres les Montagnes Rocheuses avant de nous offrir notre premier changement de décor depuis un long moment. L'Alberta est aussi une région de prairies, et les gens nous ont avertis : "Ne passez pas par là, il n'y a que des routes plates et toutes droites, vous allez vous ennuyer!". A chaque fois, nous leur répétons que ça fait deux mois que nous traversons la forêt, et que nous ne sommes pas contre un peu de changement.
Les routes sont effectivement toutes droites et à mesure que nous quittons la protection des arbres, les vents commencent à apparaître. Heureusement, rien de trop violent pour le moment et nous profitons du soleil jusqu'à la pause de midi, dans le petit village de Black Diamond. Nous garons les motos au bord de Main Street, et alors que nous descendons de moto, Aurore me regarde avec un sourire en coin. Juste derrière nous se trouve en effet un petit barber shop, et après bientôt deux mois de route, une visite commence à s'imposer.
A quelques pas, nous nous arrêtons déjeuner dans un petit diner à la déco très années cinquante, Marv's Classic Soda Shop. A l'intérieur, les murs sont couverts de photos de Marylin, Elvis, James Dean et autres mythes de l'époque. Plusieurs couples de retraités entrent peu après nous, et vont tour à tour choisir leur morceau préféré sur le jukebox. Nous accompagnons le repas de milk shake et terminons par une gigantesque glace à la couleur électrique.
Nous arrivons en fin de journée à Lethbridge : nous y avons contacté des hôtes potentiels, mais sans WiFi, nous n'avons pas encore pu avoir leur réponse. Nous nous mettons donc à la recherche d'une connexion, mais contrairement à l'habitude, les supermarchés n'en proposent pas. Il est finalement 19h30 lorsque nous trouvons un McDonald's : comme quoi les fast-foods ça peut être utile! Nous arrivons donc un peu tard chez Amber et Evan, qui nous ont gentiment gardé les restes de leur dîner, des crevettes au curry. Nous sommes leurs premiers visiteurs! Ils nous accueillent dans leur grande maison, dans laquelle ils viennent d'emménager, et nous présentent à leur chat, et à leurs deux grenouilles, dont l'une se fait une joie de faire une petite sieste sur mon pied! (Pas de photo, sniff!)
Le soleil est pleinement au rendez-vous aujourd'hui après les averses des derniers jours. Après Banff, la route longe encore pendant quelques kilomètres les Montagnes Rocheuses avant de nous offrir notre premier changement de décor depuis un long moment. L'Alberta est aussi une région de prairies, et les gens nous ont avertis : "Ne passez pas par là, il n'y a que des routes plates et toutes droites, vous allez vous ennuyer!". A chaque fois, nous leur répétons que ça fait deux mois que nous traversons la forêt, et que nous ne sommes pas contre un peu de changement.
Les routes sont effectivement toutes droites et à mesure que nous quittons la protection des arbres, les vents commencent à apparaître. Heureusement, rien de trop violent pour le moment et nous profitons du soleil jusqu'à la pause de midi, dans le petit village de Black Diamond. Nous garons les motos au bord de Main Street, et alors que nous descendons de moto, Aurore me regarde avec un sourire en coin. Juste derrière nous se trouve en effet un petit barber shop, et après bientôt deux mois de route, une visite commence à s'imposer.
A quelques pas, nous nous arrêtons déjeuner dans un petit diner à la déco très années cinquante, Marv's Classic Soda Shop. A l'intérieur, les murs sont couverts de photos de Marylin, Elvis, James Dean et autres mythes de l'époque. Plusieurs couples de retraités entrent peu après nous, et vont tour à tour choisir leur morceau préféré sur le jukebox. Nous accompagnons le repas de milk shake et terminons par une gigantesque glace à la couleur électrique.
Nous arrivons en fin de journée à Lethbridge : nous y avons contacté des hôtes potentiels, mais sans WiFi, nous n'avons pas encore pu avoir leur réponse. Nous nous mettons donc à la recherche d'une connexion, mais contrairement à l'habitude, les supermarchés n'en proposent pas. Il est finalement 19h30 lorsque nous trouvons un McDonald's : comme quoi les fast-foods ça peut être utile! Nous arrivons donc un peu tard chez Amber et Evan, qui nous ont gentiment gardé les restes de leur dîner, des crevettes au curry. Nous sommes leurs premiers visiteurs! Ils nous accueillent dans leur grande maison, dans laquelle ils viennent d'emménager, et nous présentent à leur chat, et à leurs deux grenouilles, dont l'une se fait une joie de faire une petite sieste sur mon pied! (Pas de photo, sniff!)
Tuesday, September 17, 2013
Jasper et Banff
Samedi 24 août
Nous décidons finalement de rester une nuit de plus à Jasper. L'endroit a l'air magnifique, et nous n'avons presque pas eu le temps de voir quoi que ce soit. Nos amis de la veille nous ont convaincus d'aller nous promener du côté de Maligne Lake. Au réveil, nous allons donc nous annoncer pour une nuit de plus à l'accueil du camping, où la ranger nous apprend que des ours se sont promenés dans le coin cette nuit. Nous n'avons rien entendu, mais il faut dire que le camping est gigantesque, avec plus de 750 sites, alors il est bien possible qu'ils ne soient tout simplement pas passés par chez nous - ce qui est sûrement mieux. En route vers les douches, par contre, une femelle wapiti traverse tranquillement le chemin devant nous, à quelques mètres à peine.
En route vers le lac Maligne, nous nous arrêtons pour une petite marche au canyon qui porte le même nom. Plusieurs ponts le traversent et nous donnent l'occasion de voir les eaux en-dessous. La rivière ressurgit en fait de terre à la sortie d'une série de tunnels qui commencent quelque part au fond du lac Medicine, une quinzaine de kilomètres plus haut. Ce lac est alimenté par la rivière Maligne, qui commence au lac Maligne, un peu plus haut, et est en fait une sorte d'élargissement de la rivière où l'eau disparaît dans le sol avant de ressurgir au canyon. Le niveau du lac varie par conséquent de près de 20 mètres au cours de l'année, en fonction de l'époque de l'année, et en cette fin de mois d'août, l'eau a tellement filtré à travers le fond que de petits îlots apparaissent.
Le soir, nous rejoignons nos amis pour un barbecue auquel ils nous ont invité, et nous partageons nos découvertes de la journée. Ils voyagent dans un ancien autobus qu'ils ont transformé en un RV, qui avec son air des années 50 a un style bien plus sympa que les monstres que nous croisons tous les jours. Nous restons un bon moment au coin du feu, mais la fatigue commence à se faire sentir, et nous prenons congé pour aller nous coucher.
Le réveil est rude, car la pluie est au rendez-vous. Rien à faire, tout est mouillé, et le départ est donc lent et difficile. Etre trempé avant même de prendre la route, ça ne facilite pas la vie, et nous allons nous poser un moment dans un café pour essayer de nous sécher et de nous réchauffer un peu avant de partir. Le temps se calme un peu, et il semble en fait que nous soyons partis pour une journée d'averses importantes, mais de courte durée. Nous nous dirigeons vers le Sud, en direction de Banff. En fin de matinée, un nouvel attroupement au bord de la route nous signale qu'il se passe quelque chose.
La Icefields Parkway, que nous suivons, tient son nom des nombreux glaciers auprès desquels elle passe, et notamment le glacier Columbia, près duquel nous faisons notre pause de midi, alors qu'une nouvelle forte averse arrive. En quelques minutes, on passe d'un beau ciel bleu à une quasi-tempête, avant de revenir au bleu. Outre les glaciers, la route passe près de lacs d'un bleu si intense qu'on en a du mal à croire ses yeux.
Après une petite pause à Lake Louise - mais pas de ski, sniff - nous arrivons à Banff. La ville est très touristique, presque un peu trop. Dans la rue principale, difficile de trouver autre chose que des magasins de souvenirs. Pas de magasins d'habits, presque pas de cafés, bars ou restaurants, pas même vraiment de magasin d'articles de ski! Dommage, car l'endroit est très joli, mais tout ça manque un peu d'authenticité. Nous trouvons tout de même un steak house, qui nous sert d'excellents pavés de bœuf (eh oui, on se fait plaisir...). Demain, ce sera changement de décor, après presque 2 mois de forêt quasi ininterrompue.
Nous décidons finalement de rester une nuit de plus à Jasper. L'endroit a l'air magnifique, et nous n'avons presque pas eu le temps de voir quoi que ce soit. Nos amis de la veille nous ont convaincus d'aller nous promener du côté de Maligne Lake. Au réveil, nous allons donc nous annoncer pour une nuit de plus à l'accueil du camping, où la ranger nous apprend que des ours se sont promenés dans le coin cette nuit. Nous n'avons rien entendu, mais il faut dire que le camping est gigantesque, avec plus de 750 sites, alors il est bien possible qu'ils ne soient tout simplement pas passés par chez nous - ce qui est sûrement mieux. En route vers les douches, par contre, une femelle wapiti traverse tranquillement le chemin devant nous, à quelques mètres à peine.
En route vers le lac Maligne, nous nous arrêtons pour une petite marche au canyon qui porte le même nom. Plusieurs ponts le traversent et nous donnent l'occasion de voir les eaux en-dessous. La rivière ressurgit en fait de terre à la sortie d'une série de tunnels qui commencent quelque part au fond du lac Medicine, une quinzaine de kilomètres plus haut. Ce lac est alimenté par la rivière Maligne, qui commence au lac Maligne, un peu plus haut, et est en fait une sorte d'élargissement de la rivière où l'eau disparaît dans le sol avant de ressurgir au canyon. Le niveau du lac varie par conséquent de près de 20 mètres au cours de l'année, en fonction de l'époque de l'année, et en cette fin de mois d'août, l'eau a tellement filtré à travers le fond que de petits îlots apparaissent.
Le soir, nous rejoignons nos amis pour un barbecue auquel ils nous ont invité, et nous partageons nos découvertes de la journée. Ils voyagent dans un ancien autobus qu'ils ont transformé en un RV, qui avec son air des années 50 a un style bien plus sympa que les monstres que nous croisons tous les jours. Nous restons un bon moment au coin du feu, mais la fatigue commence à se faire sentir, et nous prenons congé pour aller nous coucher.
Le réveil est rude, car la pluie est au rendez-vous. Rien à faire, tout est mouillé, et le départ est donc lent et difficile. Etre trempé avant même de prendre la route, ça ne facilite pas la vie, et nous allons nous poser un moment dans un café pour essayer de nous sécher et de nous réchauffer un peu avant de partir. Le temps se calme un peu, et il semble en fait que nous soyons partis pour une journée d'averses importantes, mais de courte durée. Nous nous dirigeons vers le Sud, en direction de Banff. En fin de matinée, un nouvel attroupement au bord de la route nous signale qu'il se passe quelque chose.
La Icefields Parkway, que nous suivons, tient son nom des nombreux glaciers auprès desquels elle passe, et notamment le glacier Columbia, près duquel nous faisons notre pause de midi, alors qu'une nouvelle forte averse arrive. En quelques minutes, on passe d'un beau ciel bleu à une quasi-tempête, avant de revenir au bleu. Outre les glaciers, la route passe près de lacs d'un bleu si intense qu'on en a du mal à croire ses yeux.
Après une petite pause à Lake Louise - mais pas de ski, sniff - nous arrivons à Banff. La ville est très touristique, presque un peu trop. Dans la rue principale, difficile de trouver autre chose que des magasins de souvenirs. Pas de magasins d'habits, presque pas de cafés, bars ou restaurants, pas même vraiment de magasin d'articles de ski! Dommage, car l'endroit est très joli, mais tout ça manque un peu d'authenticité. Nous trouvons tout de même un steak house, qui nous sert d'excellents pavés de bœuf (eh oui, on se fait plaisir...). Demain, ce sera changement de décor, après presque 2 mois de forêt quasi ininterrompue.
Thursday, September 12, 2013
En route pour Jasper!
Vendredi 23 aout
Aujourd'hui nous nous dirigeons vers Grande Cache et rejoignons donc l'Alberta, la dernière province que nous traverserons au Canada avant de retourner aux USA. Cette ville n'est qu'une étape, car nous ne pouvons pas rejoindre Jasper sans avoir à faire d'étape
Nous traversons des paysages différents, faits de champs et de prairies, ce qui nous change agréablement de toutes ces montagnes et ces forêts que nous avons tant vu ces derniers temps! Le midi, nous nous arrêtons à Grande Prairie et reprenons nos vieilles habitudes : nous achetons un sandwich et des fruits avant de trouver un parc pour manger. Pendant cette pause, nous sommes témoins d'une séance photo qu'une mère fait subir à ses enfants, tantôt au bord de la rivière qui longe le parc, tantôt sur un vieux tronc d'arbre couché. Alors qu'ils n'ont qu'une envie, c'est d'aller jouer, elle les force à poser pour avoir la photo parfaite.
Nous reprenons ensuite notre route et retrouvons la forêt. Ca faisait longtemps! La route aujourd'hui n'est pas passionnante. Elle se termine par un col, car Grande Cache se trouve en haut d'une grande colline, et nous arrivons chez nos hôtes de ce soir sous un orage commencé il n'y a que quelques minutes heureusement.
Nous arrivons au Bed and Breakfast où nous avons réservé assez tôt, et j'en profite pour me reposer un moment car la fatigue commence sérieusement à se faire sentir physiquement. Pendant ce temps, Franci descend pour faire acte de présence et m'excuser auprès de nos hôtes de la nuit. Deux heures plus tard nous allons au centre ville pour le souper et rentrons nous coucher assez tôt. Je m'endors assez rapidement tandis que Franci veille, et vers 23h30, un monsieur ouvre la porte de notre chambre sans même frapper, et nous demande si tout va bien. Franci lui répond d'un oui étonné, et l'homme referme la porte. Franci en profite alors pour verrouiller la porte, pour éviter d'avoir une nouvelle irruption cette nuit.
Le lendemain matin, un petit déjeuner nous attend, avec au menu des crêpes, de l'omelette, des spaghettis (intéressant pour le petit déjeuner), des cakes, des céréales et tout un assortiment de boissons froides et chaudes. C'est bien la première fois que nous avons droit à un petit déjeuner aussi varié et copieux en passant par AirBnb! Nous croisons aussi l'homme d'hier soir, et comprenons qu'il s'agit d'un des autres clients qui s'est probablement trompé de chambre.
Nous empaquetons nos affaires comme presque tous les jours depuis le début du voyage, chargeons les motos et partons pour le parc national de Jasper ou nous dormirons les deux prochaines nuits.
Franci ne se sent pas très bien ce matin, nous espérons que ca passera rapidement. Nous nous arrêtons sans avoir eu le temps de quitter Grande Cache, car le micro de Franci ne marche de nouveau plus. En effet, les câbles reliant les écouteurs à l'intercom sont dessoudés, et du coup Franci n'entend plus quand je lui parle. Et nous ne pouvons pas réparer nous-mêmes. Nous chercherons un réparateur quand nous serons à Salt Lake City, la prochaine ville. Après quelques minutes à s'énerver et à pester contre l'électronique, nous voilà repartis sur nos motos.
Nous n'avons pas beaucoup de route à faire aujourd'hui, et arrivons à l'entrée du parc pour la pause de midi. Nous en profitons pour aller aux sources thermales de Miette pour manger et nous baigner. Nous sommes un peu déçus en arrivant, car les sources ne sont pas dans un bassin naturel comme les précédentes, mais plutôt dans une grande piscine. Nous nous baignons cinq minutes mais avec le soleil et la chaleur de l'eau il est difficile de rester longtemps dans le bassin. Nous allons alors trouver une table et commander à manger. Le soleil en profite pour se cacher derrière un nuage et quelques gouttes commencent à tomber. Nous rentrons alors à l'intérieur du café, mais ça ne restera qu'une petite averse, vraiment pas grand chose. Franci ne se sent toujours pas très bien, mais la soupe qu'il a demandée passe bien quand même.
Nous repartons ensuite pour le camping, et bientôt les voitures devant nous ralentissent et roulent au pas, signal qu'il y a quelque chose à voir, En effet, deux wapitis sont en train de se battre à coup de cornes, situation typique pendant la saison des amours. De nombreuses personnes sont sorties de leur voitures et s'approchent dangereusement pour prendre des photos, inconscients des risques qu'ils prennent. Un peu plus loin, nous longeons un lac qui est si peu profond que l'eau arrive à peine au dessous du genou des personnes qui vont se tremper les pieds. Nous nous arrêtons pour les regarder et pour admirer le magnifique paysage qui s'offre à nous.
Nous repartons ensuite et arrivons rapidement au camping. Arrivés à notre emplacement, nous commençons à mettre en place la tente quand un RVer vient nous apporter deux bières, gentille attention qui est la bienvenue, surtout après avoir fini d'installer notre campement. Il repasse une demi-heure plus tard, de retour avec sa femme et un ami, et nous leur proposons de s'asseoir quelques minutes pour discuter de notre voyage et du leur. Nous en profitons pour les remercier de nous avoir offert ces bières, et sur leurs conseils, allons manger dans un restaurant italien à Jasper, qui fait des plats de pâtes délicieux.
Aujourd'hui nous nous dirigeons vers Grande Cache et rejoignons donc l'Alberta, la dernière province que nous traverserons au Canada avant de retourner aux USA. Cette ville n'est qu'une étape, car nous ne pouvons pas rejoindre Jasper sans avoir à faire d'étape
Nous traversons des paysages différents, faits de champs et de prairies, ce qui nous change agréablement de toutes ces montagnes et ces forêts que nous avons tant vu ces derniers temps! Le midi, nous nous arrêtons à Grande Prairie et reprenons nos vieilles habitudes : nous achetons un sandwich et des fruits avant de trouver un parc pour manger. Pendant cette pause, nous sommes témoins d'une séance photo qu'une mère fait subir à ses enfants, tantôt au bord de la rivière qui longe le parc, tantôt sur un vieux tronc d'arbre couché. Alors qu'ils n'ont qu'une envie, c'est d'aller jouer, elle les force à poser pour avoir la photo parfaite.
Nous reprenons ensuite notre route et retrouvons la forêt. Ca faisait longtemps! La route aujourd'hui n'est pas passionnante. Elle se termine par un col, car Grande Cache se trouve en haut d'une grande colline, et nous arrivons chez nos hôtes de ce soir sous un orage commencé il n'y a que quelques minutes heureusement.
Nous arrivons au Bed and Breakfast où nous avons réservé assez tôt, et j'en profite pour me reposer un moment car la fatigue commence sérieusement à se faire sentir physiquement. Pendant ce temps, Franci descend pour faire acte de présence et m'excuser auprès de nos hôtes de la nuit. Deux heures plus tard nous allons au centre ville pour le souper et rentrons nous coucher assez tôt. Je m'endors assez rapidement tandis que Franci veille, et vers 23h30, un monsieur ouvre la porte de notre chambre sans même frapper, et nous demande si tout va bien. Franci lui répond d'un oui étonné, et l'homme referme la porte. Franci en profite alors pour verrouiller la porte, pour éviter d'avoir une nouvelle irruption cette nuit.
Le lendemain matin, un petit déjeuner nous attend, avec au menu des crêpes, de l'omelette, des spaghettis (intéressant pour le petit déjeuner), des cakes, des céréales et tout un assortiment de boissons froides et chaudes. C'est bien la première fois que nous avons droit à un petit déjeuner aussi varié et copieux en passant par AirBnb! Nous croisons aussi l'homme d'hier soir, et comprenons qu'il s'agit d'un des autres clients qui s'est probablement trompé de chambre.
Nous empaquetons nos affaires comme presque tous les jours depuis le début du voyage, chargeons les motos et partons pour le parc national de Jasper ou nous dormirons les deux prochaines nuits.
Franci ne se sent pas très bien ce matin, nous espérons que ca passera rapidement. Nous nous arrêtons sans avoir eu le temps de quitter Grande Cache, car le micro de Franci ne marche de nouveau plus. En effet, les câbles reliant les écouteurs à l'intercom sont dessoudés, et du coup Franci n'entend plus quand je lui parle. Et nous ne pouvons pas réparer nous-mêmes. Nous chercherons un réparateur quand nous serons à Salt Lake City, la prochaine ville. Après quelques minutes à s'énerver et à pester contre l'électronique, nous voilà repartis sur nos motos.
Nous n'avons pas beaucoup de route à faire aujourd'hui, et arrivons à l'entrée du parc pour la pause de midi. Nous en profitons pour aller aux sources thermales de Miette pour manger et nous baigner. Nous sommes un peu déçus en arrivant, car les sources ne sont pas dans un bassin naturel comme les précédentes, mais plutôt dans une grande piscine. Nous nous baignons cinq minutes mais avec le soleil et la chaleur de l'eau il est difficile de rester longtemps dans le bassin. Nous allons alors trouver une table et commander à manger. Le soleil en profite pour se cacher derrière un nuage et quelques gouttes commencent à tomber. Nous rentrons alors à l'intérieur du café, mais ça ne restera qu'une petite averse, vraiment pas grand chose. Franci ne se sent toujours pas très bien, mais la soupe qu'il a demandée passe bien quand même.
Nous repartons ensuite pour le camping, et bientôt les voitures devant nous ralentissent et roulent au pas, signal qu'il y a quelque chose à voir, En effet, deux wapitis sont en train de se battre à coup de cornes, situation typique pendant la saison des amours. De nombreuses personnes sont sorties de leur voitures et s'approchent dangereusement pour prendre des photos, inconscients des risques qu'ils prennent. Un peu plus loin, nous longeons un lac qui est si peu profond que l'eau arrive à peine au dessous du genou des personnes qui vont se tremper les pieds. Nous nous arrêtons pour les regarder et pour admirer le magnifique paysage qui s'offre à nous.
Nous repartons ensuite et arrivons rapidement au camping. Arrivés à notre emplacement, nous commençons à mettre en place la tente quand un RVer vient nous apporter deux bières, gentille attention qui est la bienvenue, surtout après avoir fini d'installer notre campement. Il repasse une demi-heure plus tard, de retour avec sa femme et un ami, et nous leur proposons de s'asseoir quelques minutes pour discuter de notre voyage et du leur. Nous en profitons pour les remercier de nous avoir offert ces bières, et sur leurs conseils, allons manger dans un restaurant italien à Jasper, qui fait des plats de pâtes délicieux.
Sunday, September 8, 2013
Alaska Highway (fin) - retour à la civilisation
Après une si belle journée, nous ratons un peu tout le soir... Nous montons la tente avec difficulté dans la nuit, impossible de faire du feu car le camping ne nous a donné que de grosses bûches mouillées par la pluie des derniers jours, et nous nous trompons dans les doses pour notre nourriture déshydratée, ce qui aboutit à une espèce de bouillie qui semble avoir déjà été digérée... Heureusement, la nuit se passe plutôt bien, et nous reprenons la route reposés et tout de même de bonne humeur après la belle journée d'hier.
Les 450 derniers kilomètres ressemblent aux 2000 précédents, si ce n'est que l'on voit à l'approche de la fin (ou plutôt du début, puisque les miles sont indexés depuis Dawson Creek), que les habitations et les infrastructures se font de plus en plus nombreuses. Comme souvent depuis quelques jours, le sommeil me gagne après le déjeuner. Il faut dire que le Buck Breakfast, que j'ai pris comme brunch au Buckinghorse Lodge, n'a rien fait pour aider : tellement énorme qu'il vient sur deux assiettes! La petite sieste est en train de devenir une habitude (Aurore m'appelle papy...).
Nous arrivons à Dawson Creek, le Mile 0 de la Alaska Highway, en fin de journée. Les bâtiments d'époque ont été conservés ici pour rappeler le bouleversement subi par la ville dans les années 30 et 40. Tout d'abord, la ville devint le terminus Ouest des chemins de fer, et l'office du tourisme est aujourd'hui installé dans ce qui constituait alors la gare. Dix ans plus tard, l'armée américaine fit de Dawson City la plateforme de transfert de tous les envois de matériel vers l'Alaska, tandis que le raffinage du pétrole qui faisait le chemin inverse se développait. Mais la ressource principale de la région reste encore aujourd'hui l'agriculture. Nous arrivons en effet bientôt dans les plaines de l'Alberta, et la fabrique d'élévateurs de grain est certainement le bâtiment le plus visible de Dawson Creek. Mais la vraie attraction pour les touristes, c'est plutôt le marqueur du point de départ de la construction de la route que nous venons de parcourir ces 5 derniers jours.
Les 450 derniers kilomètres ressemblent aux 2000 précédents, si ce n'est que l'on voit à l'approche de la fin (ou plutôt du début, puisque les miles sont indexés depuis Dawson Creek), que les habitations et les infrastructures se font de plus en plus nombreuses. Comme souvent depuis quelques jours, le sommeil me gagne après le déjeuner. Il faut dire que le Buck Breakfast, que j'ai pris comme brunch au Buckinghorse Lodge, n'a rien fait pour aider : tellement énorme qu'il vient sur deux assiettes! La petite sieste est en train de devenir une habitude (Aurore m'appelle papy...).
Nous arrivons à Dawson Creek, le Mile 0 de la Alaska Highway, en fin de journée. Les bâtiments d'époque ont été conservés ici pour rappeler le bouleversement subi par la ville dans les années 30 et 40. Tout d'abord, la ville devint le terminus Ouest des chemins de fer, et l'office du tourisme est aujourd'hui installé dans ce qui constituait alors la gare. Dix ans plus tard, l'armée américaine fit de Dawson City la plateforme de transfert de tous les envois de matériel vers l'Alaska, tandis que le raffinage du pétrole qui faisait le chemin inverse se développait. Mais la ressource principale de la région reste encore aujourd'hui l'agriculture. Nous arrivons en effet bientôt dans les plaines de l'Alberta, et la fabrique d'élévateurs de grain est certainement le bâtiment le plus visible de Dawson Creek. Mais la vraie attraction pour les touristes, c'est plutôt le marqueur du point de départ de la construction de la route que nous venons de parcourir ces 5 derniers jours.
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| Tellement fatigués qu'on n'arrive même plus à tenir l'appareil droit! |
Wednesday, September 4, 2013
Liard River Hot springs
Mercredi 21 août
Hier soir, nous n'avons pas eu le temps de nous attarder dans la forêt de panneaux, attraction première à Watson Lake. Nous y allons donc après notre petit déjeuner. Cette forêt a débuté en 1942 par les militaires qui construisaient la Alaska Highway, pour indiquer la ville d'où ils provenaient. Aujourd'hui, il y en a un peu plus de soixante seize mille!
Nous continuons ensuite notre route sur la Alaska Highway. A un moment donné, nous apercevons au loin une tâche noire sur le bas-côté. En nous approchant, nous voyons qu'il s'agit en fait d'un bison, qui marche tranquillement le long de la route en sens inverse. Nous ralentissons au passage, mais exposés comme nous le sommes, nous préférons être sûrs d'être à bonne distance pour nous arrêter.
Dans les kilomètres qui suivent, nous rencontrons plusieurs troupeaux.
Finie cette jolie pause photo/vidéo, nous reprenons notre route avant de nous arrêter pour déjeuner et refaire le plein des motos. Après un hamburger de bison pour Franci (et il a pas honte en plus! Pauvres bêtes), et un breakfast pour moi, pour changer des burgers et autres sandwichs toujours à la carte, nous allons aux Liard River Hot Springs, des sources chaudes dont les bassins ont été conservés sous forme d'étang naturel. La température du premier bassin est de 40°C. C'est difficile d'y rester longtemps, mais il y a un deuxième bassin à côté à une température plus agréable.
Un bon bain chaud après plusieurs jours de route sans interruption, ca remonte le moral. Nous ne pouvons malheureusement pas rester ici toute l'après-midi, car nous voulons rejoindre Fort Nelson pour dormir. La route traverse le parc provincial de Muncho Lake. Elle parcourt le fond d'une vallée entre des montagnes qui nous surprennent après toutes ces zones de forêts plates.
Le long de la route nous rencontrons de nouveau des bisons, mais pas seulement. Le bruit de nos motos perturbe un loup pendant sa recherche de nourriture, un ours pointe son nez par dessus un muret à notre passage, et sur une courte portion de la montée au Summit Pass, col le plus haut de la Alaska Highway, des caribous et des mouflons se promènent sur la voie. Les mouflons ne craignent pas de s'approcher d'un couple sorti de sa voiture pour quémander un peu de nourriture. Ils ne retournent dans les bois que parce qu'un camion arrive. Bref une belle fin de journée!
Nous arrivons le soir à Fort Nelson avec un joli coucher de soleil dans notre dos, et le lever de la pleine lune quelques instants plus tard.
Hier soir, nous n'avons pas eu le temps de nous attarder dans la forêt de panneaux, attraction première à Watson Lake. Nous y allons donc après notre petit déjeuner. Cette forêt a débuté en 1942 par les militaires qui construisaient la Alaska Highway, pour indiquer la ville d'où ils provenaient. Aujourd'hui, il y en a un peu plus de soixante seize mille!
Nous continuons ensuite notre route sur la Alaska Highway. A un moment donné, nous apercevons au loin une tâche noire sur le bas-côté. En nous approchant, nous voyons qu'il s'agit en fait d'un bison, qui marche tranquillement le long de la route en sens inverse. Nous ralentissons au passage, mais exposés comme nous le sommes, nous préférons être sûrs d'être à bonne distance pour nous arrêter.
Dans les kilomètres qui suivent, nous rencontrons plusieurs troupeaux.
Finie cette jolie pause photo/vidéo, nous reprenons notre route avant de nous arrêter pour déjeuner et refaire le plein des motos. Après un hamburger de bison pour Franci (et il a pas honte en plus! Pauvres bêtes), et un breakfast pour moi, pour changer des burgers et autres sandwichs toujours à la carte, nous allons aux Liard River Hot Springs, des sources chaudes dont les bassins ont été conservés sous forme d'étang naturel. La température du premier bassin est de 40°C. C'est difficile d'y rester longtemps, mais il y a un deuxième bassin à côté à une température plus agréable.
Un bon bain chaud après plusieurs jours de route sans interruption, ca remonte le moral. Nous ne pouvons malheureusement pas rester ici toute l'après-midi, car nous voulons rejoindre Fort Nelson pour dormir. La route traverse le parc provincial de Muncho Lake. Elle parcourt le fond d'une vallée entre des montagnes qui nous surprennent après toutes ces zones de forêts plates.
Le long de la route nous rencontrons de nouveau des bisons, mais pas seulement. Le bruit de nos motos perturbe un loup pendant sa recherche de nourriture, un ours pointe son nez par dessus un muret à notre passage, et sur une courte portion de la montée au Summit Pass, col le plus haut de la Alaska Highway, des caribous et des mouflons se promènent sur la voie. Les mouflons ne craignent pas de s'approcher d'un couple sorti de sa voiture pour quémander un peu de nourriture. Ils ne retournent dans les bois que parce qu'un camion arrive. Bref une belle fin de journée!
Nous arrivons le soir à Fort Nelson avec un joli coucher de soleil dans notre dos, et le lever de la pleine lune quelques instants plus tard.
Monday, September 2, 2013
Alaska Highway (suite)
Lundi 19 août
Nous repartons assez tôt aujourd'hui. Pas de douche, d'une part parce qu'il n'y en a pas au camping et que nous avons fait ce que nous avons pu avec le sauna hier soir (on pouvait prendre du savon et du shampooing avec soi, heureusement), mais surtout parce que si la météo reste favorable comme elle a l'air de l'être ce matin, nous avons 620 km à parcourir jusqu'à Whitehorse, de loin notre plus grosse journée depuis le départ. Nous arrivons à la frontière en milieu de journée. Le garde-frontière canadien est nettement plus sympathique que l'américain sur la Top of the World. La qualité de la route est par contre un peu inversée par rapport à l'aller, bien meilleure avant la frontière qu'après, où de nombreuses sections en graviers sur fond peu régulier se succèdent.
Pour déjeuner, nous nous arrêtons à Cook's Koidern River Lodge. Les Cook sont un couple qui continue de tenir ce petit magasin au bord de la route, d'y vendre de l'essence et quelques souvenirs, alors qu'ils doivent certainement avoir passé les 80 ans. Lui s'occupe de discuter avec les clients et de retenir son chien, qui doit être aussi vieux que lui en âge canin, mais un peu plus grincheux. Pendant ce temps, elle regarde ses séries à la télévision, le son au maximum, car elle n'entend visiblement plus très bien. Nous leur achetons de quoi pique-niquer sur leur porche, et avons le droit d'utiliser les toilettes parce que nous avons bien voulu faire le plein d'essence.
L'après-midi, nous continuons de rouler dans l'espoir de ne pas arriver trop tard à Whitehorse, mais nous faisons tout de même des pauses toutes les heures, comme d'habitude, car il fait frais malgré le soleil. Au bord du Kluane Lake, nous nous arrêtons pour une tasse de thé. La route suit le lac sur une bonne partie de sa rive Ouest, avant de le traverser sur une portion peu profonde et étroite entre les parties supérieure et inférieure, où un petit pont enjambe la sorte de détroit qui lie les deux. De l'autre côté, nous nous arrêtons sur une aire pour prendre quelques photos, et y trouvons un RVeur australien rencontré à Tok il y a deux semaines. Il nous propose une deuxième tasse de thé, que nous ne pouvons que refuser, de peur de devoir faire un arrêt supplémentaire par la suite, mais nous discutons un moment de nos tours respectifs. Eux aussi vont aller jusqu'à la côte Est : ils ont acheté leur RV ici pour ce voyage de plusieurs mois, et vont le laisser chez des amis à la fin de l'été pour revenir l'an prochain! Nous profitons ensemble de la vue et partageons nos histoires.
Nous arrivons à Whitehorse vers 20 heures, et n'avons pas encore d'endroit où dormir. Après une journée comme ça, un vrai lit nous fera du bien, et nous cherchons une chambre d'hôtel sur internet pendant que nous mangeons un morceau dans un fast-food - à défaut de bien manger, on y trouve au moins toujours du Wifi. Sur un site qui recense les hôtels, nous trouvons en fait un Bed and Breakfast que tient une dame d'âge moyen chez elle. Pamela semble vivre seule dans cette grande maison où trois chambres sont à disposition de clients, et s'occuper en même temps de services de spa, et même d'organiser des réceptions de mariage dans sa maison! Derrière celle-ci, pas de jardin à proprement parler, mais une immense terrasse en tek, avec de nombreuses tables et chaises d'extérieur, le tout entouré de fleurs dans de grands pots qui remplissent presque tout l'espace restant. Difficile de comprendre comment elle peut s'occuper de tout cela en même temps, mais elle reste tout à fait disponible, bien qu'elle ait l'air assez surprise de nous voir débarquer vers 21h, seulement quelques minutes après avoir réservé en ligne.
Le lendemain, nous sommes promis à la portion de route que nous avions fait en sens inverse il y a quelques semaines, entre Whitehorse et Watson Lake. La route nous est connue, et les lieux aussi. Nous nous arrêtons à Teslin, là où nous avions dormi à l'aller. Il faut dire que sur la Highway, il n'y a pas beaucoup d'options. C'est aussi ce qui en fait le charme : on roule sur des centaines de kilomètres et on ne voit que quelques voitures, mais tout le monde est obligé de s'arrêter au même endroit, et on se croise puis se recroise dans de petits restaurants ou hôtels qui sont par conséquent toujours bien vivants et occupés.
Watson Lake est un bon exemple de cela. Comme d'autres dans la région, cette petite ville (moins de 1000 habitants, mais pour le Yukon, c'est une ville) a perdu une partie de sa population lorsque les mines d'amiante comme celle de Cassiar ont fermé, mais elle subsiste aujourd'hui notamment en tant que point de chute pour les routiers et les touristes de l'Alaska Highway. Nous avons d'ailleurs du mal à y trouver un lit! Il ne reste plus qu'une chambre à l'Air Force Lodge. Son nom provient du fait qu'il s'agit d'anciens baraquements mis en place lors de la seconde guerre mondiale pour servir aux aviateurs basés dans la région pour protéger l'espace aérien Nord-Américain. Il y a une quinzaine d'années, un allemand tombé amoureux de la région a fait déplacer ces préfabriqués qui n'avaient plus été utilisés depuis, tout retapé, et ouvert ce motel. Il nous accueille chaleureusement, et nous tient la jambe un long moment, car il est passionné de moto lui aussi. En bon allemand, il en connaît un rayon sur les BMW, mais il semble aussi être très au courant des petites habitudes des employés des compagnies de transport de fret. Après lui avoir expliqué nos soucis d'embrayage du début du voyage, il est convaincu que des employés à San Francisco se sont amusés à les sortir et à faire un tour avec. Nous avons un peu de mal à y croire, mais en même temps, nous n'avons toujours pas de meilleure explication...
Nous arrivons péniblement à nous extirper de cette conversation, non pas qu'elle soit désagréable, mais nous voulons aller visiter le Northern Lights Centre, le musée de Watson Lake qui sert de centre d'information sur les aurores boréales. Nous y trouvons encore une fois notre ami australien, et la discussion reprend. Après quelques minutes, nous sommes invités à entrer dans la salle de cinéma en forme de dôme. Deux films se succèdent : un premier, pas très réussi (c'est le prof de physique qui parle), sur l'Univers. Difficile de comprendre ce qu'il vient faire là, car la partie qui concerne les aurores - l'interaction entre les vents solaires et l'atmosphère terrestre - n'est pas du tout abordée. Le deuxième traite plus directement des aurores, et suit un groupe d'observateurs tout en expliquant leur démarche. Le tout est évidemment accompagné de magnifiques images projetées sur le dôme. Ce n'est bien sûr pas la même chose que de le voir en vrai, mais ici, en plein été, il fait encore presque jour à minuit, alors les aurores... Nous sortons à près de 22h, sans avoir rien mangé. Tout est fermé en ville, et nous devons nous contenter de nos sachets de nourriture lyophilisée, accompagnés d'une boîte de maïs et d'une autre de pêches au sirop, le tout dans notre chambre d'hôtel à deux lits simples. Nous savons que dans quelques jours nous reviendrons au camping ou à des chambres plus confortables, alors le diner rudimentaire dans la chambre ne passe finalement pas si mal.
Nous repartons assez tôt aujourd'hui. Pas de douche, d'une part parce qu'il n'y en a pas au camping et que nous avons fait ce que nous avons pu avec le sauna hier soir (on pouvait prendre du savon et du shampooing avec soi, heureusement), mais surtout parce que si la météo reste favorable comme elle a l'air de l'être ce matin, nous avons 620 km à parcourir jusqu'à Whitehorse, de loin notre plus grosse journée depuis le départ. Nous arrivons à la frontière en milieu de journée. Le garde-frontière canadien est nettement plus sympathique que l'américain sur la Top of the World. La qualité de la route est par contre un peu inversée par rapport à l'aller, bien meilleure avant la frontière qu'après, où de nombreuses sections en graviers sur fond peu régulier se succèdent.
Pour déjeuner, nous nous arrêtons à Cook's Koidern River Lodge. Les Cook sont un couple qui continue de tenir ce petit magasin au bord de la route, d'y vendre de l'essence et quelques souvenirs, alors qu'ils doivent certainement avoir passé les 80 ans. Lui s'occupe de discuter avec les clients et de retenir son chien, qui doit être aussi vieux que lui en âge canin, mais un peu plus grincheux. Pendant ce temps, elle regarde ses séries à la télévision, le son au maximum, car elle n'entend visiblement plus très bien. Nous leur achetons de quoi pique-niquer sur leur porche, et avons le droit d'utiliser les toilettes parce que nous avons bien voulu faire le plein d'essence.
L'après-midi, nous continuons de rouler dans l'espoir de ne pas arriver trop tard à Whitehorse, mais nous faisons tout de même des pauses toutes les heures, comme d'habitude, car il fait frais malgré le soleil. Au bord du Kluane Lake, nous nous arrêtons pour une tasse de thé. La route suit le lac sur une bonne partie de sa rive Ouest, avant de le traverser sur une portion peu profonde et étroite entre les parties supérieure et inférieure, où un petit pont enjambe la sorte de détroit qui lie les deux. De l'autre côté, nous nous arrêtons sur une aire pour prendre quelques photos, et y trouvons un RVeur australien rencontré à Tok il y a deux semaines. Il nous propose une deuxième tasse de thé, que nous ne pouvons que refuser, de peur de devoir faire un arrêt supplémentaire par la suite, mais nous discutons un moment de nos tours respectifs. Eux aussi vont aller jusqu'à la côte Est : ils ont acheté leur RV ici pour ce voyage de plusieurs mois, et vont le laisser chez des amis à la fin de l'été pour revenir l'an prochain! Nous profitons ensemble de la vue et partageons nos histoires.
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| Les motos ont été lavées à Fairbanks, mais il reste encore une belle couche de poussière dessus. Rien à faire, si ce n'est relaver et frotter! |
Le lendemain, nous sommes promis à la portion de route que nous avions fait en sens inverse il y a quelques semaines, entre Whitehorse et Watson Lake. La route nous est connue, et les lieux aussi. Nous nous arrêtons à Teslin, là où nous avions dormi à l'aller. Il faut dire que sur la Highway, il n'y a pas beaucoup d'options. C'est aussi ce qui en fait le charme : on roule sur des centaines de kilomètres et on ne voit que quelques voitures, mais tout le monde est obligé de s'arrêter au même endroit, et on se croise puis se recroise dans de petits restaurants ou hôtels qui sont par conséquent toujours bien vivants et occupés.
Watson Lake est un bon exemple de cela. Comme d'autres dans la région, cette petite ville (moins de 1000 habitants, mais pour le Yukon, c'est une ville) a perdu une partie de sa population lorsque les mines d'amiante comme celle de Cassiar ont fermé, mais elle subsiste aujourd'hui notamment en tant que point de chute pour les routiers et les touristes de l'Alaska Highway. Nous avons d'ailleurs du mal à y trouver un lit! Il ne reste plus qu'une chambre à l'Air Force Lodge. Son nom provient du fait qu'il s'agit d'anciens baraquements mis en place lors de la seconde guerre mondiale pour servir aux aviateurs basés dans la région pour protéger l'espace aérien Nord-Américain. Il y a une quinzaine d'années, un allemand tombé amoureux de la région a fait déplacer ces préfabriqués qui n'avaient plus été utilisés depuis, tout retapé, et ouvert ce motel. Il nous accueille chaleureusement, et nous tient la jambe un long moment, car il est passionné de moto lui aussi. En bon allemand, il en connaît un rayon sur les BMW, mais il semble aussi être très au courant des petites habitudes des employés des compagnies de transport de fret. Après lui avoir expliqué nos soucis d'embrayage du début du voyage, il est convaincu que des employés à San Francisco se sont amusés à les sortir et à faire un tour avec. Nous avons un peu de mal à y croire, mais en même temps, nous n'avons toujours pas de meilleure explication...
Nous arrivons péniblement à nous extirper de cette conversation, non pas qu'elle soit désagréable, mais nous voulons aller visiter le Northern Lights Centre, le musée de Watson Lake qui sert de centre d'information sur les aurores boréales. Nous y trouvons encore une fois notre ami australien, et la discussion reprend. Après quelques minutes, nous sommes invités à entrer dans la salle de cinéma en forme de dôme. Deux films se succèdent : un premier, pas très réussi (c'est le prof de physique qui parle), sur l'Univers. Difficile de comprendre ce qu'il vient faire là, car la partie qui concerne les aurores - l'interaction entre les vents solaires et l'atmosphère terrestre - n'est pas du tout abordée. Le deuxième traite plus directement des aurores, et suit un groupe d'observateurs tout en expliquant leur démarche. Le tout est évidemment accompagné de magnifiques images projetées sur le dôme. Ce n'est bien sûr pas la même chose que de le voir en vrai, mais ici, en plein été, il fait encore presque jour à minuit, alors les aurores... Nous sortons à près de 22h, sans avoir rien mangé. Tout est fermé en ville, et nous devons nous contenter de nos sachets de nourriture lyophilisée, accompagnés d'une boîte de maïs et d'une autre de pêches au sirop, le tout dans notre chambre d'hôtel à deux lits simples. Nous savons que dans quelques jours nous reviendrons au camping ou à des chambres plus confortables, alors le diner rudimentaire dans la chambre ne passe finalement pas si mal.
Wednesday, August 28, 2013
Retour à Fairbanks, début de la Alaska Highway
Au lendemain de nos aventures entre Wiseman et l'Atigun Pass, sur le chemin du retour, nous rencontrons un peu toutes les conditions météo possibles. De la petite pluie, au grand beau temps, aux passages dans les nuages à ne plus rien y voir à plus de 10 mètres de soi. Heureusement, la route est meilleure au sud de Coldfoot, et en faisant attention dans les parties où la visibilité est réduite, nous nous en sortons sans trop de problèmes. Ce matin, nous avons rencontré Dan, un retraité originaire du Texas, qui habite à l'ouest de St. Louis, dans le Missouri. Dans la cuisine commune du Boreal Lodge de Wiseman, il nous raconte son parcours. Il habite seul dans sa grande maison depuis le décès de sa femme il y a deux ans, et part régulièrement pour des voyages organisés pour voir du pays et se faire des amis. Il nous propose de le contacter pour que nous allions dormir chez lui quand nous passerons dans la région. Encore une rencontre inattendue et bien agréable.
L'autre évènement du jour, c'est le déjeuner au Hot Spot Café, où la patronne nous prépare des sandwichs dégoulinants de jus de viande, alors que nous attendons sur la terrasse ouverte pour l'été - il doit faire 12 degrés maximum et nous restons emmitouflés dans nos vestes, mais les autres clients ont l'air de trouver qu'il fait un temps très estival en effet, et sont presque tous en t-shirt ou en débardeur.
Nous atteignons le mile 0 de la Dalton en milieu d'après-midi, alors que sur la dernière aire de bord de route, la remorque du chauffeur que nous avions aidé avant-hier, avec sa caisse à moitié par-dessus bord, est toujours là. Visiblement, il n'a pas voulu prendre de risques sur ce parcours difficile, et a préféré laisser son chargement ici en attendant une solution plus convenable. La livraison attendra...
Une petite pause pour une photo rituelle, et une poignée de main pour se féliciter mutuellement, et nous repartons pour Fairbanks, où nous fêtons le retour à la civilisation en allant commander du chinois à l'emporter - pour le coup, c'est surtout Aurore qui fête, donc.
Dès le lendemain, c'est la route du retour, et cette fois-ci, nous ne quitterons pas la Alaska Highway. 2'232 km de route jusqu'à Dawson Creek, 2'350 si on compte le morceau initial entre Fairbanks et Delta Junction, qui officiellement n'en fait pas partie, mais qui en est le prolongement direct. Si tout va bien, nous pourrons y parvenir en cinq jours. Mais pas si nous nous organisons comme pour ce midi... Quatre endroits différents : déjeuner, essence, banque et pause WC. A chaque fois, garer la moto, enlever les gants, enlever le casque, ouvrir la veste, prendre les clés, la sacoche de réservoir (et j'en oublie), avant de tout refaire dans l'autre sens... Il y a des jours comme ça, où l'on n'a pas l'impression d'avancer.
Encore une fois, la pluie vient nous rendre visite, cette fois-ci en fin de journée, alors que nous approchons de Tok. Seulement 325 km aujourd'hui, mais alors que nous tournons pour trouver un endroit où dormir, un panneau en forme de moto sur lequel est écrit "Camping" vient éclairer notre journée. Nous entrons dans la propriété, et suivons le chemin, pour arriver à une série d'emplacements pour le moins loufoques. Il y a des tipis qui ne font qu'offrir un vague abri contre la pluie, il y a un vieux conteneur métallique, puis quelques cabanes décorées, et au bout du chemin, une vieille ambulance transformée, à l'arrière de laquelle l'espace pour brancard a été remplacé par deux matelas en mousse (quelques photos en cliquant ici). L'ambulance n'a malheureusement pas de chauffage, et semble très froide, alors nous nous rabattons sur la cabine.
La propriétaire, qui ne fait pas de manières, vient nous saluer peu de temps après que nous nous sommes installés. Elle nous explique qu'il y a un abri à disposition avec tous les outils pour travailler sur les motos, si besoin est, et un autre avec un réchaud à gaz, avec tout le nécessaire pour faire bouillir de l'eau et se faire une peu de cuisine simple. Pour les douches, il n'y en a pas, mais elle propose un sauna artisanal (une cabane avec un poêle sur lequel elle a disposé quelques pierres, et un faitout plein d'eau posé par dessus), où elle ira préparer le feu si nous souhaitons l'utiliser ce soir. Elle spécifie que la porte ferme à clé, et que l'endroit est "clothing optional"! Pour terminer, elle nous offre des autocollants à apposer sur les valises des motos : Aurore n'est pas certaine de vouloir le faire sur la sienne...
Ce qui est sûr, c'est que l'endroit est très "bon esprit", et la nuit un peu difficile sur les sommiers en bois ne gâche pas l'ambiance, au contraire. Au moins, nous nous lèverons tôt demain matin, et comme il n'y a pas de douche, nous serons vite sur la route.
L'autre évènement du jour, c'est le déjeuner au Hot Spot Café, où la patronne nous prépare des sandwichs dégoulinants de jus de viande, alors que nous attendons sur la terrasse ouverte pour l'été - il doit faire 12 degrés maximum et nous restons emmitouflés dans nos vestes, mais les autres clients ont l'air de trouver qu'il fait un temps très estival en effet, et sont presque tous en t-shirt ou en débardeur.
Nous atteignons le mile 0 de la Dalton en milieu d'après-midi, alors que sur la dernière aire de bord de route, la remorque du chauffeur que nous avions aidé avant-hier, avec sa caisse à moitié par-dessus bord, est toujours là. Visiblement, il n'a pas voulu prendre de risques sur ce parcours difficile, et a préféré laisser son chargement ici en attendant une solution plus convenable. La livraison attendra...
Une petite pause pour une photo rituelle, et une poignée de main pour se féliciter mutuellement, et nous repartons pour Fairbanks, où nous fêtons le retour à la civilisation en allant commander du chinois à l'emporter - pour le coup, c'est surtout Aurore qui fête, donc.
Dès le lendemain, c'est la route du retour, et cette fois-ci, nous ne quitterons pas la Alaska Highway. 2'232 km de route jusqu'à Dawson Creek, 2'350 si on compte le morceau initial entre Fairbanks et Delta Junction, qui officiellement n'en fait pas partie, mais qui en est le prolongement direct. Si tout va bien, nous pourrons y parvenir en cinq jours. Mais pas si nous nous organisons comme pour ce midi... Quatre endroits différents : déjeuner, essence, banque et pause WC. A chaque fois, garer la moto, enlever les gants, enlever le casque, ouvrir la veste, prendre les clés, la sacoche de réservoir (et j'en oublie), avant de tout refaire dans l'autre sens... Il y a des jours comme ça, où l'on n'a pas l'impression d'avancer.
Encore une fois, la pluie vient nous rendre visite, cette fois-ci en fin de journée, alors que nous approchons de Tok. Seulement 325 km aujourd'hui, mais alors que nous tournons pour trouver un endroit où dormir, un panneau en forme de moto sur lequel est écrit "Camping" vient éclairer notre journée. Nous entrons dans la propriété, et suivons le chemin, pour arriver à une série d'emplacements pour le moins loufoques. Il y a des tipis qui ne font qu'offrir un vague abri contre la pluie, il y a un vieux conteneur métallique, puis quelques cabanes décorées, et au bout du chemin, une vieille ambulance transformée, à l'arrière de laquelle l'espace pour brancard a été remplacé par deux matelas en mousse (quelques photos en cliquant ici). L'ambulance n'a malheureusement pas de chauffage, et semble très froide, alors nous nous rabattons sur la cabine.
La propriétaire, qui ne fait pas de manières, vient nous saluer peu de temps après que nous nous sommes installés. Elle nous explique qu'il y a un abri à disposition avec tous les outils pour travailler sur les motos, si besoin est, et un autre avec un réchaud à gaz, avec tout le nécessaire pour faire bouillir de l'eau et se faire une peu de cuisine simple. Pour les douches, il n'y en a pas, mais elle propose un sauna artisanal (une cabane avec un poêle sur lequel elle a disposé quelques pierres, et un faitout plein d'eau posé par dessus), où elle ira préparer le feu si nous souhaitons l'utiliser ce soir. Elle spécifie que la porte ferme à clé, et que l'endroit est "clothing optional"! Pour terminer, elle nous offre des autocollants à apposer sur les valises des motos : Aurore n'est pas certaine de vouloir le faire sur la sienne...
Ce qui est sûr, c'est que l'endroit est très "bon esprit", et la nuit un peu difficile sur les sommiers en bois ne gâche pas l'ambiance, au contraire. Au moins, nous nous lèverons tôt demain matin, et comme il n'y a pas de douche, nous serons vite sur la route.
Tuesday, August 27, 2013
Dalton Highway
Mardi 13 août
Nous quittons la cabine sous un ciel gris, pour rejoindre Fairbanks. Seulement 2h30 de route au programme aujourd'hui, mais c'est pour mieux reprendre des forces avant 3 jours sur la Dalton Highway. A plusieurs reprises, nous passons dans des zones à visibilité réduite : les incendies continuent de brûler les hectares de forêt, aidés par le vent et le temps généralement sec (de mémoire, l'un des étés les plus secs de tous les temps d'après les habitants). Nous nous arrêtons déjeuner dans un pub au bord de la route, isolé au milieu de la forêt. L'éclairage sombre et le terrarium dans lequel dort tranquillement un iguane donnent une ambiance assez particulière, mais elle est tempérée par la patronne qui prépare avec énergie les hamburgers, dans une cuisine ouverte sur la salle principale.
Nous arrivons à l'adresse donnée par notre réservation sur AirBnb, un superbe Bed & Breakfast. Trop beau pour être vrai, en tout cas au prix proposé. En effet, les propriétaires viennent d'acquérir un bâtiment à quelques centaines de mètres de là, beaucoup moins mignon, pour le coup - du moins de l'extérieur. A l'intérieur, la chambre est propre et agréable, même s'il manque un peu de vaisselle pour aller avec la kitchenette. Dans la salle de bains, une baignoire avec bain à remous fait trembler presque tout l'immeuble lorsqu'on enclenche le système, mais le bain chaud fait tout de même du bien.
Nous filons en ville, où nous avons repéré un magasin qui pourrait nous aider à réparer mon oreillette, qui est à nouveau en rade. C'est un magasin de musique, et après quelques minutes, le vendeur/réparateur accepte de ressouder le fil qui s'était détaché (peut-être ou peut-être pas à cause d'un mouvement un peu brusque de ma part...). Pour quelques dollars, le tout fonctionne à nouveau, même si la nouvelle soudure n'inspire pas franchement confiance. Nous allons bien voir ces trois prochains jours.
La Dalton, c'est la route qui mène jusqu'à Deadhorse, puis Prudhoe Bay, au bord de l'océan Arctique. C'est surtout 666 km (ça ne s'invente pas) de route réputée très difficile, avec de nombreuses sections de graviers ou de piste faite de terre compactée, de laquelle de nombreuses pierres de taille variable peuvent parfois s'échapper. Nous comptons un peu sur ce que nous avons pu constater jusqu'ici, c'est-à-dire que les routes sont souvent un peu moins difficiles que leur réputation ne le laisse entendre. Pourquoi y aller? Pour le défi, pour se trouver encore plus loin de tout, pour retrouver le plaisir que nous avions eu sur la Top of the World de rouler sur routes non asphaltées, et parce qu'elle est là, tout simplement.. Nous n'irons pas tout au bout, faute de temps et de préparation. Si l'on veut aller jusqu'à l'océan, il faut réserver un bus qui permet de parcourir les 10 derniers kilomètres. En effet, Prudhoe Bay est le site d'un énorme gisement pétrolier, le plus grand des USA. De quoi expliquer qu'une route telle que la Dalton continue d'être régulièrement entretenue, mais qui explique aussi que les lieux soient sévèrement gardés. Pas d'entrée possible pour les véhicules des particuliers, seuls des tours organisés peuvent y entrer. De plus, il faut passer une nuit à Deadhorse, le village à l'entrée du site, et pour cela réserver pour 200 dollars quelques mètres carrés dans des blocs préfabriqués. Une expérience intéressante, à partager avec tous les routiers qui acheminent du matériel jusque-là, mais que nous ne pourrons pas vivre, faute de place et de temps. Qu'importe, nous essaierons d'atteindre l'Atigun Pass, un col situé à environ 3/4 du chemin. Des italiens, rencontrés à Tok, nous avaient dit que depuis ce point on peut voir tout le North Slope, la pente douce qui mène jusqu'aux plaines arctiques et à l'océan.
Pour atteindre le début de la route, il faut déjà commencer par la Elliott Highway, qui part depuis Fairbanks en direction du Nord. Premier arrêt, Fox : dernière station service avant quelque temps. Notre ami zürichois rencontré à Dawson City nous avait dit : "Prenez un jerrican en plus, au cas où. Vous n'en aurez probablement pas besoin, mais better safe than sorry, comme on dit ici". Nous suivons son conseil, et partons de Fox sous un temps frais et gris. La Elliott est assez jolie, et entièrement goudronnée. En un peu plus d'une heure de route, nous atteignons le départ de la Dalton Highway.
Dès les premiers mètres, on quitte l'asphalte pour une piste faite de poussière et de graviers. Le décor est planté, et nous n'avons encore rien vu. Après la première petite montée, moins d'un kilomètre après le début, une aire de repos, avec une pancarte annonçant le parcours. Sur l'aire, un chauffeur est en train de faire des aller-retour entre la cabine de son camion et la remorque, qui sont pour l'instant séparées l'une de l'autre. Et pour cause : le support d'une des boîtes utilisées pour le transport des marchandises s'est affaissé. Du coup, la boîte, qui doit bien mesurer 1.5 à 2 mètres de côté, a versé sur le côté, et n'est retenue de tomber par terre que par les sangles qui l'entourent. Elle penche dangereusement, et le chauffeur est bien emprunté pour savoir quoi en faire.
Nous lui proposons notre aide. La seule chose à faire, c'est essayer d'utiliser d'autres sangles pour tirer sur la caisse et la ramener sur la plateforme. En utilisant un treuil, la caisse remonte doucement, centimètre par centimètre. Mais elle n'est plus tout à fait droite, et finit par venir s'encastrer dans les autres caisses. La sangle lâche subitement, et la caisse retombe brusquement d'un demi-mètre vers la gauche, jusqu'à ce que la sangle qui la retenait au début ne l'arrête dans sa chute. Au deuxième essai, le chauffeur arrête le treuil au bon moment, mais du coup la caisse dépasse encore nettement du bord gauche de la plateforme. D'autres camions s'arrêtent et les chauffeurs viennent aider. Nous ne pouvons plus faire grand chose pour aider, et nous avons beaucoup de route à faire, alors nous quittons l'endroit après les remerciements et la poignée de main virile du chauffeur.
Nous voilà tout à fait dans notre monde, n'est-ce pas?! En tout cas, nous sommes plongés d'entrée dans ce qui fait le côté aventure de cette route. Tout le monde est dans le même bateau ici, quel que soit le véhicule, l'origine, la raison d'être là : par conséquent, tout le monde s'entraide en cas de besoin, on est certain de ne pas se retrouver coincé trop longtemps au bord de la route, et d'avoir quelque chose à raconter. Cela nous rassure, surtout que nous n'avons pas pris de pneus de rechange...
Le temps est changeant. Des nuages rencontrés plus tôt, on passe à du grand soleil, avant de revenir à un ciel couvert, avec même quelques gouttes de pluie. Rien de bien méchant pour le moment. La route change un peu avec la météo : avec le soleil et le temps sec, une poussière impressionnante s'élève de la route. Par moments, on n'y voit presque plus rien quand on suit une voiture, ou pire, un camion. Lorsqu'on passe sur une section un peu plus humide, la poussière disparaît et la piste donne presque aussi confiance qu'une route goudronnée. Il y a bien quelques sections goudronnées, justement, mais il faut y faire attention aux nombreux nids-de-poule.
Nous arrivons au pont sur la rivière Yukon à l'heure du déjeuner. C'est le seul endroit où un ravitaillement en nourriture et en essence est possible jusqu'à Coldfoot, environ 200 km plus loin, alors la pause est de toute façon imposée.
Nous retrouvons Ian, le motard de Leeds rencontré quelques jours plus tôt au Motorcycle Shop d'Anchorage. Il nous raconte qu'entretemps il a parcouru la Denali Highway, encore plus difficile qu'ici, car surchargée de gravier. Les pleins faits (pour les motos comme pour nous), nous repartons, et arrivons peu de temps après au "Finger Mountain Wayside". Pour toute montagne, il s'agit plutôt d'une colline, sur laquelle se trouve une drôle de pierre en forme de doigt pointé vers Fairbanks, qui servait autrefois aux aviateurs pour se diriger. Difficile de croire qu'un petit monticule pas plus haut qu'un humain puisse si facilement être repéré depuis un avion, mais c'est en tout cas ce que racontent les panneaux d'information aux touristes. En tout cas, la colline donne un nouvel aperçu des grands espaces qui nous entourent, que surveille avec attention un écureuil arctique.
Environ 60 miles après la rivière, nous atteignons le cercle polaire. A l'aire de bord de route sur laquelle se trouve le panneau qui indique l'endroit fatidique, un abri de toile entouré d'une moustiquaire sert de lieu de méditation à un vieux couple de retraités, dans l'attente de touristes qu'ils accueillent ici tout l'été pour le compte du service des parcs. Madame se lève, et vient nous souhaiter la bienvenue, et nous propose de nous prendre en photo. Monsieur attend que nous allions lui dire bonjour sous la tente, et nous propose un petit diplôme commémoratif en échange d'une petite donation pour l'entretien du site. On se dit qu'il faut vraiment aimer le calme pour venir ici, mais assez rapidement d'autres touristes arrivent, et se voient proposer le même petit service : les journées ne sont peut-être pas si longues pour ces deux-là? La masse de livres qu'ils ont amené avec eux laisse tout de même planer le doute.
60 miles de plus, et nous voici arrivés à Coldfoot, après avoir suivi le pipeline qui achemine le pétrole de Prudhoe Bay jusqu'à la civilisation sur environ 400 kilomètres dans la journée. Après le cercle polaire, la route est redevenue principalement goudronnée. La flore a changé : les arbres, tellement privés de lumière en hiver, ne peuvent se permettre de pousser bien haut. On est rarement à plus de 500 mètres d'altitude, et pourtant on sent qu'on n'est pas loin de la limite entre la taïga (la forêt) et la tundra (petits buissons, mousses et lichens), des mots d'origine russe qui ont visiblement été diffusés par delà le détroit de Béring. Il s'est mis à pleuvoir, et l'esplanade de terre sur laquelle se trouvent le café et les pompes à essence de Coldfoot s'est gentiment transformé en une vaste étendue de boue, parsemée de grandes flaques. Le tout est bien glissant, surtout à basse vitesse, quand les roues se prennent plus facilement dans la moindre déformation au sol. Coldfoot et sa voisine Wiseman, où nous allons dormir, sont des petits patelins d'une quinzaine d'habitants, qui ne survivent que par leur mission de service aux usagers de la Dalton. A Wiseman, une chambre avec deux lits simples nous attend. Les quatre chambres du motel se trouvent côte à côte dans un bâtiment préfabriqué, doté d'un porche. Au bout de ce dernier, nous trouvons un espace cuisine/salon commun avec télévision et lecteur DVD, où nous passerons la soirée à regarder "Il était une fois dans l'Ouest", l'unique DVD à disposition.
Dehors, il s'est mis à pleuvoir de plus belle. Au réveil, le soleil perce à travers les nuages, mais en regardant au fond de la vallée vers le nord, on voit bien que les averses ne sont pas terminées. Le but de la journée est d'atteindre au moins l'Atigun Pass, environ 90 kilomètres plus loin, qui du haut de ses 1463 mètres, est le col routier le plus haut d'Alaska. Les 30 premiers kilomètres viennent d'être goudronnés - les travaux sont d'ailleurs encore en cours et il reste 2 kilomètres à terminer. Ensuite, c'est la terre compactée. Mais avec la pluie, cela n'a plus rien à voir avec la veille : une couche d'une espèce de gadoue, que les locaux appellent du silt, recouvre la route et la rend très glissante. Freiner s'avère très risqué, mais rouler lentement n'aide pas, au contraire - encore une fois, on contrôle moins bien la direction à basse vitesse, sans compter les risques de rouler à 30 km/h sur une route où les camions roulent à 80. Du coup, nous roulons aussi autour de 75 à 80 km/h, en espérant qu'aucun animal ne s'avise de traverser au mauvais moment. Lorsque nous tentons de nous arrêter pour respirer un peu et prendre quelques photos, il nous faut facilement 200 mètres pour arriver à stopper les motos. La route nous teste et teste les motos à fond : certainement les moments les plus excitants, les plus exaltants que nous ayons vécu sur nos deux fois deux roues. Les motos s'en souviendront, et nous aussi!
Nous arrivons après une bonne heure de route au pied du col. La route s'élève une première fois, régulièrement et sans trop de virages. On atteint alors une sorte de plateau, sur lequel se trouve une station de contrôle du pipeline, que nous suivons toujours. Peu après, la route commence à monter à nouveau, en pente plus douce pour commencer. La couche de boue devient alors plus épaisse. Les pneus commencent à avoir de plus en plus de difficulté à accrocher le sol, et nous sentons les motos louvoyer sous nos pieds de plus en plus souvent, et plus fort. Nous sommes obligés de ralentir, et cela renforce encore l'effet. Nous arrivons à 1200 mètres d'altitude, et voyons la route reprendre du pourcentage devant nous, pour aller se perdre dans le nuage.

La moto glisse une nouvelle fois alors que je tente de m'arrêter sur la route. Plus question de se mettre sur le côté pour s'arrêter, on filerait dans le caniveau et on n'en sortirait plus. Aurore s'arrête avec difficulté elle aussi. Nous nous regardons un moment, et nous nous comprenons. Il n'y a rien qui nous oblige à aller jusqu'en haut, nous n'y verrions de toute façon pas grand chose dans cette purée de pois. Et rouler là-dessus quand on voit ce qu'on fait est déjà assez difficile, alors quand on n'y voit plus rien et qu'on risque à tout bout de champ de se prendre un 36 tonnes ou de filer dans le ravin. Nous sommes arrivés au point le plus au nord de notre voyage, et franchement, nous ne sommes pas déçus de faire demi-tour, mais plutôt fiers d'être arrivés jusque-là. Aurore, qui avant le départ il y a 6 semaines n'était franchement pas rassurée à l'idée de faire quelques mètres sur du gravier, a été incroyable d'assurance. Nous n'avons pas croisé une seule femme à moto ici, et je n'en connais pas beaucoup qui auraient fait ce qu'elle a fait (tant pis si ça paraît sexiste). Et finalement, moi non plus je n'avais presque aucune expérience sur ce genre de route. Nous allons essayer de rentrer tranquillement, sans nous casser la figure, et contents d'être arrivés à repousser un peu nos limites.
La descente n'est pas simple, mais il n'y a personne, alors nous prenons notre temps et descendons entre 40 et 50 à l'heure. Tout en bas, comme pour ponctuer notre réussite, un camion nous croise à toute vitesse et nous douche entièrement de boue : la visière du casque devient un écran brun, que nous écartons tant bien que mal avec nos gants, et nous regagnons une aire en bord de route en rigolant comme des gamins.
Un peu plus tard, de retour au motel, la boue a séché et nous commençons le nettoyage tandis que l'eau du thé commence à bouillir.
Nous quittons la cabine sous un ciel gris, pour rejoindre Fairbanks. Seulement 2h30 de route au programme aujourd'hui, mais c'est pour mieux reprendre des forces avant 3 jours sur la Dalton Highway. A plusieurs reprises, nous passons dans des zones à visibilité réduite : les incendies continuent de brûler les hectares de forêt, aidés par le vent et le temps généralement sec (de mémoire, l'un des étés les plus secs de tous les temps d'après les habitants). Nous nous arrêtons déjeuner dans un pub au bord de la route, isolé au milieu de la forêt. L'éclairage sombre et le terrarium dans lequel dort tranquillement un iguane donnent une ambiance assez particulière, mais elle est tempérée par la patronne qui prépare avec énergie les hamburgers, dans une cuisine ouverte sur la salle principale.
Nous arrivons à l'adresse donnée par notre réservation sur AirBnb, un superbe Bed & Breakfast. Trop beau pour être vrai, en tout cas au prix proposé. En effet, les propriétaires viennent d'acquérir un bâtiment à quelques centaines de mètres de là, beaucoup moins mignon, pour le coup - du moins de l'extérieur. A l'intérieur, la chambre est propre et agréable, même s'il manque un peu de vaisselle pour aller avec la kitchenette. Dans la salle de bains, une baignoire avec bain à remous fait trembler presque tout l'immeuble lorsqu'on enclenche le système, mais le bain chaud fait tout de même du bien.
Nous filons en ville, où nous avons repéré un magasin qui pourrait nous aider à réparer mon oreillette, qui est à nouveau en rade. C'est un magasin de musique, et après quelques minutes, le vendeur/réparateur accepte de ressouder le fil qui s'était détaché (peut-être ou peut-être pas à cause d'un mouvement un peu brusque de ma part...). Pour quelques dollars, le tout fonctionne à nouveau, même si la nouvelle soudure n'inspire pas franchement confiance. Nous allons bien voir ces trois prochains jours.
La Dalton, c'est la route qui mène jusqu'à Deadhorse, puis Prudhoe Bay, au bord de l'océan Arctique. C'est surtout 666 km (ça ne s'invente pas) de route réputée très difficile, avec de nombreuses sections de graviers ou de piste faite de terre compactée, de laquelle de nombreuses pierres de taille variable peuvent parfois s'échapper. Nous comptons un peu sur ce que nous avons pu constater jusqu'ici, c'est-à-dire que les routes sont souvent un peu moins difficiles que leur réputation ne le laisse entendre. Pourquoi y aller? Pour le défi, pour se trouver encore plus loin de tout, pour retrouver le plaisir que nous avions eu sur la Top of the World de rouler sur routes non asphaltées, et parce qu'elle est là, tout simplement.. Nous n'irons pas tout au bout, faute de temps et de préparation. Si l'on veut aller jusqu'à l'océan, il faut réserver un bus qui permet de parcourir les 10 derniers kilomètres. En effet, Prudhoe Bay est le site d'un énorme gisement pétrolier, le plus grand des USA. De quoi expliquer qu'une route telle que la Dalton continue d'être régulièrement entretenue, mais qui explique aussi que les lieux soient sévèrement gardés. Pas d'entrée possible pour les véhicules des particuliers, seuls des tours organisés peuvent y entrer. De plus, il faut passer une nuit à Deadhorse, le village à l'entrée du site, et pour cela réserver pour 200 dollars quelques mètres carrés dans des blocs préfabriqués. Une expérience intéressante, à partager avec tous les routiers qui acheminent du matériel jusque-là, mais que nous ne pourrons pas vivre, faute de place et de temps. Qu'importe, nous essaierons d'atteindre l'Atigun Pass, un col situé à environ 3/4 du chemin. Des italiens, rencontrés à Tok, nous avaient dit que depuis ce point on peut voir tout le North Slope, la pente douce qui mène jusqu'aux plaines arctiques et à l'océan.
Pour atteindre le début de la route, il faut déjà commencer par la Elliott Highway, qui part depuis Fairbanks en direction du Nord. Premier arrêt, Fox : dernière station service avant quelque temps. Notre ami zürichois rencontré à Dawson City nous avait dit : "Prenez un jerrican en plus, au cas où. Vous n'en aurez probablement pas besoin, mais better safe than sorry, comme on dit ici". Nous suivons son conseil, et partons de Fox sous un temps frais et gris. La Elliott est assez jolie, et entièrement goudronnée. En un peu plus d'une heure de route, nous atteignons le départ de la Dalton Highway.
Dès les premiers mètres, on quitte l'asphalte pour une piste faite de poussière et de graviers. Le décor est planté, et nous n'avons encore rien vu. Après la première petite montée, moins d'un kilomètre après le début, une aire de repos, avec une pancarte annonçant le parcours. Sur l'aire, un chauffeur est en train de faire des aller-retour entre la cabine de son camion et la remorque, qui sont pour l'instant séparées l'une de l'autre. Et pour cause : le support d'une des boîtes utilisées pour le transport des marchandises s'est affaissé. Du coup, la boîte, qui doit bien mesurer 1.5 à 2 mètres de côté, a versé sur le côté, et n'est retenue de tomber par terre que par les sangles qui l'entourent. Elle penche dangereusement, et le chauffeur est bien emprunté pour savoir quoi en faire.
Nous lui proposons notre aide. La seule chose à faire, c'est essayer d'utiliser d'autres sangles pour tirer sur la caisse et la ramener sur la plateforme. En utilisant un treuil, la caisse remonte doucement, centimètre par centimètre. Mais elle n'est plus tout à fait droite, et finit par venir s'encastrer dans les autres caisses. La sangle lâche subitement, et la caisse retombe brusquement d'un demi-mètre vers la gauche, jusqu'à ce que la sangle qui la retenait au début ne l'arrête dans sa chute. Au deuxième essai, le chauffeur arrête le treuil au bon moment, mais du coup la caisse dépasse encore nettement du bord gauche de la plateforme. D'autres camions s'arrêtent et les chauffeurs viennent aider. Nous ne pouvons plus faire grand chose pour aider, et nous avons beaucoup de route à faire, alors nous quittons l'endroit après les remerciements et la poignée de main virile du chauffeur.
Nous voilà tout à fait dans notre monde, n'est-ce pas?! En tout cas, nous sommes plongés d'entrée dans ce qui fait le côté aventure de cette route. Tout le monde est dans le même bateau ici, quel que soit le véhicule, l'origine, la raison d'être là : par conséquent, tout le monde s'entraide en cas de besoin, on est certain de ne pas se retrouver coincé trop longtemps au bord de la route, et d'avoir quelque chose à raconter. Cela nous rassure, surtout que nous n'avons pas pris de pneus de rechange...
Le temps est changeant. Des nuages rencontrés plus tôt, on passe à du grand soleil, avant de revenir à un ciel couvert, avec même quelques gouttes de pluie. Rien de bien méchant pour le moment. La route change un peu avec la météo : avec le soleil et le temps sec, une poussière impressionnante s'élève de la route. Par moments, on n'y voit presque plus rien quand on suit une voiture, ou pire, un camion. Lorsqu'on passe sur une section un peu plus humide, la poussière disparaît et la piste donne presque aussi confiance qu'une route goudronnée. Il y a bien quelques sections goudronnées, justement, mais il faut y faire attention aux nombreux nids-de-poule.
Nous arrivons au pont sur la rivière Yukon à l'heure du déjeuner. C'est le seul endroit où un ravitaillement en nourriture et en essence est possible jusqu'à Coldfoot, environ 200 km plus loin, alors la pause est de toute façon imposée.
Nous retrouvons Ian, le motard de Leeds rencontré quelques jours plus tôt au Motorcycle Shop d'Anchorage. Il nous raconte qu'entretemps il a parcouru la Denali Highway, encore plus difficile qu'ici, car surchargée de gravier. Les pleins faits (pour les motos comme pour nous), nous repartons, et arrivons peu de temps après au "Finger Mountain Wayside". Pour toute montagne, il s'agit plutôt d'une colline, sur laquelle se trouve une drôle de pierre en forme de doigt pointé vers Fairbanks, qui servait autrefois aux aviateurs pour se diriger. Difficile de croire qu'un petit monticule pas plus haut qu'un humain puisse si facilement être repéré depuis un avion, mais c'est en tout cas ce que racontent les panneaux d'information aux touristes. En tout cas, la colline donne un nouvel aperçu des grands espaces qui nous entourent, que surveille avec attention un écureuil arctique.
Environ 60 miles après la rivière, nous atteignons le cercle polaire. A l'aire de bord de route sur laquelle se trouve le panneau qui indique l'endroit fatidique, un abri de toile entouré d'une moustiquaire sert de lieu de méditation à un vieux couple de retraités, dans l'attente de touristes qu'ils accueillent ici tout l'été pour le compte du service des parcs. Madame se lève, et vient nous souhaiter la bienvenue, et nous propose de nous prendre en photo. Monsieur attend que nous allions lui dire bonjour sous la tente, et nous propose un petit diplôme commémoratif en échange d'une petite donation pour l'entretien du site. On se dit qu'il faut vraiment aimer le calme pour venir ici, mais assez rapidement d'autres touristes arrivent, et se voient proposer le même petit service : les journées ne sont peut-être pas si longues pour ces deux-là? La masse de livres qu'ils ont amené avec eux laisse tout de même planer le doute.
60 miles de plus, et nous voici arrivés à Coldfoot, après avoir suivi le pipeline qui achemine le pétrole de Prudhoe Bay jusqu'à la civilisation sur environ 400 kilomètres dans la journée. Après le cercle polaire, la route est redevenue principalement goudronnée. La flore a changé : les arbres, tellement privés de lumière en hiver, ne peuvent se permettre de pousser bien haut. On est rarement à plus de 500 mètres d'altitude, et pourtant on sent qu'on n'est pas loin de la limite entre la taïga (la forêt) et la tundra (petits buissons, mousses et lichens), des mots d'origine russe qui ont visiblement été diffusés par delà le détroit de Béring. Il s'est mis à pleuvoir, et l'esplanade de terre sur laquelle se trouvent le café et les pompes à essence de Coldfoot s'est gentiment transformé en une vaste étendue de boue, parsemée de grandes flaques. Le tout est bien glissant, surtout à basse vitesse, quand les roues se prennent plus facilement dans la moindre déformation au sol. Coldfoot et sa voisine Wiseman, où nous allons dormir, sont des petits patelins d'une quinzaine d'habitants, qui ne survivent que par leur mission de service aux usagers de la Dalton. A Wiseman, une chambre avec deux lits simples nous attend. Les quatre chambres du motel se trouvent côte à côte dans un bâtiment préfabriqué, doté d'un porche. Au bout de ce dernier, nous trouvons un espace cuisine/salon commun avec télévision et lecteur DVD, où nous passerons la soirée à regarder "Il était une fois dans l'Ouest", l'unique DVD à disposition.
Dehors, il s'est mis à pleuvoir de plus belle. Au réveil, le soleil perce à travers les nuages, mais en regardant au fond de la vallée vers le nord, on voit bien que les averses ne sont pas terminées. Le but de la journée est d'atteindre au moins l'Atigun Pass, environ 90 kilomètres plus loin, qui du haut de ses 1463 mètres, est le col routier le plus haut d'Alaska. Les 30 premiers kilomètres viennent d'être goudronnés - les travaux sont d'ailleurs encore en cours et il reste 2 kilomètres à terminer. Ensuite, c'est la terre compactée. Mais avec la pluie, cela n'a plus rien à voir avec la veille : une couche d'une espèce de gadoue, que les locaux appellent du silt, recouvre la route et la rend très glissante. Freiner s'avère très risqué, mais rouler lentement n'aide pas, au contraire - encore une fois, on contrôle moins bien la direction à basse vitesse, sans compter les risques de rouler à 30 km/h sur une route où les camions roulent à 80. Du coup, nous roulons aussi autour de 75 à 80 km/h, en espérant qu'aucun animal ne s'avise de traverser au mauvais moment. Lorsque nous tentons de nous arrêter pour respirer un peu et prendre quelques photos, il nous faut facilement 200 mètres pour arriver à stopper les motos. La route nous teste et teste les motos à fond : certainement les moments les plus excitants, les plus exaltants que nous ayons vécu sur nos deux fois deux roues. Les motos s'en souviendront, et nous aussi!
Nous arrivons après une bonne heure de route au pied du col. La route s'élève une première fois, régulièrement et sans trop de virages. On atteint alors une sorte de plateau, sur lequel se trouve une station de contrôle du pipeline, que nous suivons toujours. Peu après, la route commence à monter à nouveau, en pente plus douce pour commencer. La couche de boue devient alors plus épaisse. Les pneus commencent à avoir de plus en plus de difficulté à accrocher le sol, et nous sentons les motos louvoyer sous nos pieds de plus en plus souvent, et plus fort. Nous sommes obligés de ralentir, et cela renforce encore l'effet. Nous arrivons à 1200 mètres d'altitude, et voyons la route reprendre du pourcentage devant nous, pour aller se perdre dans le nuage.
La moto glisse une nouvelle fois alors que je tente de m'arrêter sur la route. Plus question de se mettre sur le côté pour s'arrêter, on filerait dans le caniveau et on n'en sortirait plus. Aurore s'arrête avec difficulté elle aussi. Nous nous regardons un moment, et nous nous comprenons. Il n'y a rien qui nous oblige à aller jusqu'en haut, nous n'y verrions de toute façon pas grand chose dans cette purée de pois. Et rouler là-dessus quand on voit ce qu'on fait est déjà assez difficile, alors quand on n'y voit plus rien et qu'on risque à tout bout de champ de se prendre un 36 tonnes ou de filer dans le ravin. Nous sommes arrivés au point le plus au nord de notre voyage, et franchement, nous ne sommes pas déçus de faire demi-tour, mais plutôt fiers d'être arrivés jusque-là. Aurore, qui avant le départ il y a 6 semaines n'était franchement pas rassurée à l'idée de faire quelques mètres sur du gravier, a été incroyable d'assurance. Nous n'avons pas croisé une seule femme à moto ici, et je n'en connais pas beaucoup qui auraient fait ce qu'elle a fait (tant pis si ça paraît sexiste). Et finalement, moi non plus je n'avais presque aucune expérience sur ce genre de route. Nous allons essayer de rentrer tranquillement, sans nous casser la figure, et contents d'être arrivés à repousser un peu nos limites.
La descente n'est pas simple, mais il n'y a personne, alors nous prenons notre temps et descendons entre 40 et 50 à l'heure. Tout en bas, comme pour ponctuer notre réussite, un camion nous croise à toute vitesse et nous douche entièrement de boue : la visière du casque devient un écran brun, que nous écartons tant bien que mal avec nos gants, et nous regagnons une aire en bord de route en rigolant comme des gamins.
Un peu plus tard, de retour au motel, la boue a séché et nous commençons le nettoyage tandis que l'eau du thé commence à bouillir.
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