Wednesday, July 17, 2013

Les imprévus, ça continue...

Le premier imprévu, depuis notre départ de la veille, c'est la couverture réseau l'absence de couverture réseau. Pas moyen de passer un coup de fil, ni d'accéder à internet depuis que nous avons quitté San Francisco. Du coup, pas moyen de réserver le moindre hôtel ou AirBnb. Heureusement qu'il y a les campings d'état comme le Van Damme, auquel nous avons trouvé de la place. Par contre, pas de wifi dans ces endroits, évidemment. Nous sommes donc un peu isolés, ce qui était prévu, mais pas vraiment pour si tôt.

Pour nous remettre du froid de la veille (quel dommage, s'il avait fait beau, la route aurait certainement été extraordinaire, au lieu de ça, misère), nous décidons d'aller petit-déjeuner au chaud, dans une pâtisserie de Mendocino. Nous évitons au passage le cybercafé du coin, visiblement un repaire de clochards et de mendiants. Le nombre de gens de ce type, sans aucune perspective, souvent de vieux bonhommes à la longue barbe, vêtus de vieux habits militaires et accompagnés d'un chien, nous a frappés depuis que nous sommes arrivés, encore plus dans de petits villages comme celui-ci. Est-ce le résultat de la crise ou simplement une particularité de cette région?

Nous rencontrons à la pâtisserie l'un des anciens du village. Il nous voit dans notre attirail, et l'absence de table libre aidant, nous l'invitons à partager la nôtre. Il nous raconte qu'il n'y a que peu de locaux ici, et au contraire beaucoup de touristes venus échapper à la chaleur de l'été à l'intérieur des terres. Il connaît tout le monde au village, et notamment un écossais, à la table voisine. Il nous le présente comme l'un des meilleurs fabricants de violons du pays, et nous discutons un moment de l'Ecosse, puisque je connais un peu.

Encore une fois, cette pause agréable et sympathique (c'est finalement aussi un des buts de ce voyage, et donc une chose positive), nous a un peu mis en retard. Le froid et le brouillard ne nous ont pas tellement encouragés à retourner en selle très vite non plus, il faut avouer. Mais la route, un peu après Fort Bragg, s'éloigne un peu de la côte. On n'est probablement pas à plus de 2 km à vol d'oiseau de l'océan, et le brouillard disparaît déjà! Étonnant microclimat, déjà observé à San Francisco. Enfin un peu de chaleur. Nous roulons plus volontiers, et regagnons un peu du temps perdu. En route, un panneau annonce le Drive-Thru Tree Park. Attraction à touristes, en attendant les forêts de séquoias géants, nous en profitons pour faire une petite pause.



Après quelques kilomètres l'autoroute va nous mener à l'entrée de l'Avenue of the Giants, une route d'une 50aine de kilomètres à travers une forêt de ces arbres gigantesques. Sur la dernière montée avant la sortie, Aurore m'appelle dans l'oreillette. La moto, qui commençait à avoir du mal au niveau de la reprise, commence à ne plus aller du tout. L'embrayage glisse, comme il l'avait fait sur la mienne il y a quelques jours. Aurore est de plus en plus loin dans les rétros, elle ne doit pas être à plus de 40 km/h, cela devient dangereux. Elle se met sur la bande d'arrêt d'urgence, et la moto a le bon goût de venir mourir à 10 mètres d'une borne d'appel d'urgence. Dans cette région sans réseau mobile, c'est une aubaine.

J'essaie de regarder ce que je peux faire. Comme sur la mienne il y a tout juste une semaine, le câble d'embrayage paraît très tendu. Je tente de le régler, mais il est déjà à fond. C'est incroyable, mais il semble avoir raccourci, il ne permet tout simplement plus aux vitesses de s'enclencher. Rien à faire, à moins de tout démonter, et avec nos outils, pas question de le faire. Nous appelons depuis le téléphone d'urgence, et après quelques échanges avec notre assurance, une dépanneuse arrive. Faire monter la moto dessus n'est pas opération très rassurante, puisque c'est la rampe, et non la moto, qui se déplace, ça fait bizarre!


Nous arrivons à un garage local, à Redway. Le garage est rempli de Harleys et autres motos custom, mais le mécano s'y connaît un peu en BMW, d'après le dépanneur. Il est presque l'heure de fermer, mais voyant que nous sommes en voyage, le mécanicien n'hésite même pas, il veut nous aider. Il est très sympa, prend le temps de discuter avec nous des options, de ce qu'il faut faire : s'il n'y avait le fait que le voyage est mis en pause, nous passons un très bon moment! Ce qui est sûr c'est que comme nous, il ne croît pas à la théorie de l'essence, qu'avait évoquée l'autre jour le garage de San Francisco. Le câble est effectivement très tendu, mais pas moyen de donner du mou, il est à fond. Pour finir, nous décidons de démonter la boîte de vitesse, pour voir s'il y aurait un problème à l'intérieur.




Rien à signaler, tout est en ordre. Le mécano propose alors d'enlever un des boulons qui permet de régler la position du câble d'embrayage, afin de lui donner un tout petit peu de longueur en plus, l'épaisseur du boulon, justement. Nous allons tester, et ça marche. La moto embraye bien, et même en montant un peu dans les tours, ça suit parfaitement. Reste le mystère de comment le câble à pu se raccourcir ainsi... Nous lui proposons de lui payer l'heure et demie qu'il a passée avec nous à essayer de résoudre ce problème, mais il insiste à dire qu'il n'a rien fait et qu'il était content de nous aider dans notre voyage, qu'il ne veut pas que nous lui donnions quoi que ce soit. Il nous conseille de prendre rendez-vous à Seattle, le plus grand garage BMW des Etats-Unis, pour quand nous y serons. Nous le ferons, c'est sûr : pas question d'aller jusqu'en Alaska avec des motos dans lesquelles nous n'avons pas confiance.

La journée est déjà terminée, nous décidons de profiter de l'endroit à fond en allant camper dans les séquoias, les fameux redwoods, à Garberville. L'occasion de faire quelques photos et de faire un peu le point sur ces premiers 10 jours de voyage.




Le vrai départ

Nous avons fini la soirée à San Francisco à discuter avec notre hôte, Jef, un belge installé ici depuis quelques années.  Nous étions déjà resté quelques nuits au même endroit sans le rencontrer, et nous le regrettons déjà, car lui et sa copine Flynn ont l'air très sympa, et ils nous donnent plein de conseils pour la route du lendemain. Il s'est installé ici et il tient un bar à vins, il joue dans un groupe de musique, semble plein d'énergie, vraiment dommage que nous ne l'ayons pas rencontré plus tôt.

Le départ se fait encore lentement, il nous faut beaucoup de temps pour charger les affaires sur les motos. Nous cherchons un peu de matériel en ville, sans succès, et cela nous met encore un peu plus en retard. Finalement, nous commençons réellement à nous mettre en route vers le nord et le vrai début de notre voyage. Depuis près de 3 ans, c'est le Golden Gate qui est pour nous le symbole du début de cette aventure, et le passer enfin nous fait un pincement au cœur.


Il fait un peu moins gris que cela n'apparaît sur la vidéo, mais de manière générale c'est vrai que le brouillard est plutôt persistant le long de la côte. La matinée fait exception, et nous parvenons à trouver un petit endroit pour déjeuner qui échappe à la purée de pois.



Malheureusement, au fil de la journée le brouillard revient, et avec lui le froid et l'humidité. Ce n'est pas un problème, tant qu'on n'est pas censé rouler 4 heures ou plus dans la journée. Mais si c'est le cas, on finit par être transi de froid, le cou et le dos tout engourdis. Heureusement qu'on est partis au mois de juillet!


Nous nous arrêtons vers 18h30 au Van Damme State Park (Charles, pas Jean-Claude. Rien à voir avec l'acteur, un entrepreneur de la région, à la fin du XIXème et d'origines flamandes). Tous les parcs, qu'ils soient d'état ou nationaux, doivent comporter des places de camping, et celui-ci ne fait pas exception. Le ranger, à l'entrée, nous donne une liste de numéros correspondant à des emplacements libres. Il nous dit d'aller en choisir un et de revenir lui confirmer notre choix. A mon retour, je lui annonce : "On va prendre le 55". Il me répond qu'il est déjà pris, alors qu'il venait de le lister 5 minutes plus tôt comme libre. Nous venons de comprendre la tactique locale. Poser ses affaires d'abord, annoncer son choix ensuite. Peu importe, nous trouvons un site à côté d'un couple de motards. Ils ont la soixantaine, lui vient de l'Arkansas, elle de Nouvelle-Zélande. Ils nous aident à mettre en place notre popote dans la nuit tombante, nous fournissant notamment en allumettes. Notre premier campement, nous sommes trop fatigués pour penser à le prendre en photo. Nous ne dormons pas trop mal : après le froid et le brouillard, nos sacs de couchage sont bien confortables.

Tuesday, July 16, 2013

Retour à San Francisco

Le petit aller-retour à Yosemite (8 heures de route en tout, quand même) était censé servir de test grandeur nature pour vérifier le matériel, en particulier voir si nous avions pensé à tout pour le camping, avant de revenir à San Francisco pour acheter ce qu'on aurait oublié. Pour tout camping, nous avons eu droit à une chambre douillette dans une maison avec piscine. Autant dire que le test se fera en route. Par contre, nous commençons à nous tester sur les chemins du coin, et à prendre de l'assurance.


 Le retour à San Francisco se fait par grande chaleur, dans les mêmes décors que l'aller, il y a trois jours.




L'arrêt boissons dans un magasin tenu par de vieux messieurs fâchés contre à peu près tout en ce monde est aussi l'occasion de vérifier que nous sommes à la pointe de la technologie, avec une jolie série de vidéos...




Il y en a une dizaine comme ça, dont une magnifique qui dure près d'un quart d'heure... Heureusement, la GoPro a depuis été remise en son état normal :-)

Monday, July 15, 2013

Yosemite - 2ème journée

NB : désolé pour ces derniers jours sans nouvelles. La couverture réseau et la qualité du wifi dans les différents campings et motels que nous avons fréquentés s'est avérée bien moins bonne qu'espérée. Nous ne pensions franchement pas avoir de soucis avant d'arriver au nord de la Colombie Britannique, alors là on déchante un peu. Dès qu'on sort des grandes villes, c'est la misère. Du coup, le blog n'avance pas trop, mais j'essaie d'écrire un peu quand même sur l'ordinateur, histoire de pouvoir rattraper rapidement quand nous arrivons à trouver du réseau.



Deuxième journée à Yosemite, et après un petit tour au supermarché du coin, nous sommes en route pour Tuolomne, sur conseil de Jeff. La première demi-heure de route est la même que celle de la veille, et nous nous arrêtons juste à l'entrée de la vallé principale, où la route pour Tuolomne quitte celle-ci. Il y a un joli coin près de la rivière parfait pour un pic-nic. Aurore choisit un joli coin, près de deux charmantes jeunes filles allemandes. Je lui propose d'engager la conversation, mais elle n'a pas l'air très partante. Nous mangeons en profitant du cadre magnifique, allons tremper les pieds pour nous rafraîchir, et repartons. La route pour Tuolomne s'élève régulièrement, et nous nous arrêtons à plusieurs endroits, au détour de lacs ou de beaux points de vue sur la vallée.





Après environ 2 heures de route, nous arrivons à Tuolomne. Jeff nous l'avait décrit comme le "pays des Teletubbies". Ce n'est pas tout à fait ça, plutôt une prairie comme une autre, mais dans un cadre toujours impressionnant. 




Wednesday, July 10, 2013

Yosemite

Après notre accueil royal de la veille, et encore des pancakes au sirop d'érable offerts par Jeff et Lucky au réveil, l'exploration du parc commence. Nos hôtes nous ont confirmé ce que nous pensions déjà, c'est-à-dire que la moto est certainement le meilleur moyen de parcourir les lieux. Le premier jour, nous allons dans la vallée principale : au programme, une petite heure de route puis un peu de marche pour atteindre les Vernal Falls. La nature est superbe, et nous prenons trop de photos pour toutes les inclure ici.

Half Dome, la montagne la plus célèbre du parc

La rivière Merced, qui prend sa source ici
La marche est longue et toute en montée. Malgré les avertissements, nous ne voyons pas d'ours. Par contre, une multitude d'écureuils pas farouches du tout, certains venant même au pied des touristes aux différents points d'eau disposés le long du chemin.


 Il fait lourd et au retour, la rivière nous permet de nous rafraîchir.



 Après ça, encore une bonne heure de route pour arriver à Washburn point et Glacier point, deux points de vue situés juste en face, probablement à moins de 2 ou 3 km à vol d'oiseau, mais qui offrent un panorama superbe de toute la vallée.

Le point de vue depuis Washburn point

Monday, July 8, 2013

En route!

Après ces quelques jours un peu (trop) chargés en émotions et contre-temps, nous sommes contents de prendre la route et de sortir de la ville. Comme souvent, il nous faut un moment pour rassembler toutes nos affaires et tout charger sur les motos, ce qui fait que nous ne quittons la chambre qu'en fin de matinée.

Vous inquiétez pas, c'est pas une tache d'huile. Enfin je crois pas...
Nous prenons la route en direction de l'Est, en empruntant le Bay Bridge. Au détour d'une pause pour de l'essence, nous avons droit à quelques questions de passants curieux de voir nos plaques (si belles, comme le dit Yannick). Tous les gens que nous rencontrons sont curieux de savoir ce que nous faisons là, où nous allons, et nous souhaitent bonne route.

La première partie du chemin n'a rien d'extraordinaire, la Highway 580 a pour seul intérêt de nous faire découvrir les 2x4, voire les 2x5 voies. Après environ une heure, la seule vraie distraction est de changer de voie de temps en temps. Le paysage est aride, et nous traversons des collines d'herbe jaunie par le soleil. Un peu avant Manteca, nous quittons un instant l'autoroute pour boire un peu d'eau. A peine revenus dessus, un échangeur se présente, et nous nous comprenons mal. Une voiture s'est glissée entre nous, et Aurore tente de la dépasser, mais elle se déporte ainsi sur la mauvaise voie. Je pars vers l'Est tandis qu'elle se dirige vers le Nord. Quelques échanges rapides avant que nos intercoms ne se déconnectent, pour confirmer la direction à suivre : demi-tour, puis direction Manteca. Je quitte l'autoroute dès que possible, pour me replacer aussitôt sur le bord de la route au niveau de la bretelle d'entrée. Après quelques minutes, Aurore réapparaît : je lui fais de grands signes, elle m'aperçoit, et la péripétie du jour se termine alors que je cours à ma moto tel un pilote du Bol d'or (le vrai, celui à moto, pour les bordiers du lac Léman).

Après une pause repas dans un diner de Manteca, nous repartons : les premiers kilomètres sont encore en ligne droite, mais passé Oakdale, la route commence à devenir intéressante. La dernière heure et demie de route de la journée est tout simplement géniale, des routes de campagne limitées à 55 miles à l'heure, de longs virages à travers des collines d'herbes hautes d'un jaune éclatant à perte de vue, un vrai régal. Il y a bien quelques ranchs, mais on est déjà dans des zones essentiellement inhabitées, à l'exception de quelques villages perdus au milieu de nulle part.

Tu vois une maison là? Eh ben voilà, c'est ça.




















Nous arrivons en fin d'après-midi à Mariposa, le dernier village digne de ce nom avant d'arriver à Yosemite (un peu plus de 2000 habitants). Midpines se trouve un peu plus au Nord, et c'est là que nous allons dormir ce soir. L'intégralité de ce qu'on y trouve, hormis quelques maisons perdues dans les bois, est représenté sur la photo.


Le chemin permettant d'accéder à la maison de Jeff et Lucky, chez qui nous allons dormir ce soir, est une belle montée bien caillouteuse, avec de grosses ornières. Aurore n'est pas rassurée, je l'entends faire des "houu! houuu!" dans l'intercom, mais elle se débrouille en fait très bien. Il faudra bien s'y faire, des chemins non goudronnés, on risque d'en avoir, mais si nous avons été capables de passer cette montée, le reste ne peut pas être bien pire.

Nous arrivons à la maison de Jeff et Lucky, une espèce de vieille baraque en bois, sûrement occupée autrefois par les mineurs qui travaillaient dans la région. Ils l'ont retapée pour en faire une superbe maison de 5 pièces, avec piscine et étang à poissons. Ils nous accueillent avec une bière bien fraîche alors qu'ils sont en train de préparer le repas du soir, une grande salade avec des légumes de leur jardin et des biscuits au fromage. Ils insistent pour que nous allions piquer une tête pour nous détendre en attendant que ce soit prêt. La soirée se termine en mangeant ensemble sur leur terrasse, alors que leurs animaux (un chien et un chat) dorment sous les derniers rayons du soleil.

Je dois dire que nous n'avions encore jamais eu un accueil aussi chaleureux en passant par le site AirBnB, que nous utilisons depuis quelques années pour nos voyages, et depuis quelques jours ici, à défaut de trouver des places de camping pour le moment. Si vous venez visiter Yosemite, sautez sur l'occasion, vous ne le regretterez pas. Après une journée de moto, c'était juste parfait. Nous avons d'ailleurs décidé de prolonger notre visite ici et d'annuler la place de camping que nous avions prévue, tant l'endroit, la piscine, et l'accueil de nos hôtes ont été agréables.

Saturday, July 6, 2013

Les rues de San Francisco

Le titre n'est pas original, mais vous allez comprendre... La journée de mercredi est la première avec les motos à disposition. Nous commençons à nous promener un peu le matin. Nous sommes dans le quartier des Twin Peaks, et nous en profitons pour aller admirer le point de vue depuis là-haut. Ces deux petites collines sont le point culminant de la ville et offrent un joli panorama.


Nous avons juste assez de temps pour nous poser un instant au Golden Gate Park, mais nous devons en bouger rapidement car nous sommes invités à un barbecue chez Virgilio, un ancien ami de Lausanne et du FC Rolle, venu s'installer depuis 3 ans à San Francisco. On est le 4 juillet, du coup tout le monde est plus ou moins en congé, et le beau temps aidant, nous finissons cette belle journée dans un parc de San Bruno. 

Avec tout ça, nous sommes déjà vendredi, nous n'avons pas encore eu le temps de faire les bons touristes, et il ne nous reste plus qu'un seul jour sur place avant de nous mettre en route. Pour nous rattraper, nous décidons d'aller nous balader du côté de Fisherman's Wharf, quartier très animé et plein de restaurants attrape-touristes. En route pour y aller, nous arrivons au croisement de Lombard Street. Il s'agirait de tourner à gauche, mais une portion de Lombard Street est très connue pour sa descente en virages, surnommée la route la plus tordue de la ville. 

Oui, c'est une photo Wikipedia, vous allez comprendre on vous a dit!



Nous commençons donc la montée qui mène en haut de cette jolie série de virages en descente. Mais nous ne sommes pas les seuls. Il y a de beaux bouchons sur la montée de Lombard Street, et je ne peux pas vraiment passer devant tout le monde : d'une part, ce ne serait pas très correct, mais surtout, la pente est telle que si je devais me rabattre rapidement parce qu'une voiture arrive en face, la manœuvre serait très compliquée. Il faut dire en plus que pour éviter d'avoir trop de difficultés à nous garer, nous sommes tous les deux sur ma moto. Les démarrages en côte se font de plus en plus difficiles, je commence à avoir du mal à les réussir, et après une quinzaine de minutes, la moto ne réagit plus normalement. L'embrayage ne se fait plus correctement, je le lâche complètement et j'accélère, mais la courroie ne semble plus que patiner. La moto avance très péniblement dans les tous derniers mètres de la montée, où la pente est nettement moins forte. Rien à faire, l'embrayage est foutu.

Nous nous arrêtons au sommet, les virage sont juste de l'autre côté du croisement, mais il n'est plus question d'aller s'y amuser. Nous descendons et vérifions le câble : il se déplace normalement quand j'actionne le levier. J'attends quelques minutes pour voir si ce n'est qu'un problème de surchauffe, mais rien n'y fait. A environ 3000 tours/min, on sent que cela patine un peu moins, et la moto se met péniblement en marche, mais si je n'accélère pas assez, elle cale immédiatement, si j'accélère trop, le moteur tourne dans le vide. Les rues de San Francisco ont eu raison de mon embrayage...

Nous nous résolvons à appeler le garage Triumph de la ville, Munroe Motors. Ils me disent d'amener la moto, qu'ils feront leur possible pour la regarder dès aujourd'hui, au vu de notre situation, mais qu'ils ne peuvent rien garantir, car leur calendrier est bien rempli. Nous nous y rendons clopin-clopant, arrivant au mieux à du 40 km/h en 3ème. Dès notre arrivée, Shannon jette un oeil. Il s'aperçoit que le câble d'embrayage est très tendu, et le desserre un peu. Il tente alors de démarrer, mais la moto cale à moins de garder les gaz en permanence, pas très pratique. Les autres idées qui lui viennent n'ont pas plus de succès. Nous devons donc lui laisser la moto, et espérer qu'il trouve une solution. Il n'y a plus qu'à démonter les valises, reprendre quelques affaires, et rentrer à la maison en métro, la queue entre les jambes. 

De retour à l'appartement, alors même que nous sommes en train de transférer les affaires sur la moto d'Aurore, le téléphone sonne : la moto est réparée. Je demande ce que c'était, et Dave, le chef d'atelier, me dit qu'ils n'en sont pas 100% sûrs. Voilà qui est rassurant pour la suite du voyage... "On pense que le plus probable, c'est que le fait que tu ais mis de l'essence américaine, dans laquelle on mélange souvent avec de l'éthanol, et l'air pollué, aient fait tourner le tout bizarrement. En tout cas, ça va mieux maintenant."

Nous allons la récupérer, et repartons allégés d'une 60aine de dollars, mais très reconnaissants du fait que la moto soit à nouveau prête à rouler. En tout cas, plus de forçage de l'embrayage dans des côtes pareilles, c'est sûr!

Il est près de 16h, et avec tous ces rebondissements, nous n'avons même pas eu le temps de manger. Cette fois, nous optons pour la sécurité, et allons poser les motos dans le quartier très plat (topographiquement parlant) de Fisherman's Wharf, au bord de la mer. Nous engloutissons un petit sandwich et une salade, et décidons de nous promener un peu à pied presque jusqu'au Golden Gate.





Les émotions et la marche nous ont épuisés : nous avions prévu d'aller manger dans un restaurant birman. Un ami de Virgilio, qui a séjourné 2 ans à Grenoble, et même joué pour leur équipe de hockey, nous l'avait conseillé hier, mais il y a 1h15 d'attente avant d'avoir une table, et nous préférons rentrer nous reposer pour le départ de demain.

Friday, July 5, 2013

Réception des motos... ou pas?

Jour 2, et on se réveille évidemment à 5h30 du matin. Inutile de se lever, tout sera fermé de toute façon, alors on essaie de se rendormir, avec plus ou moins de succès. Après quelque temps à sommeiller, nous finissons par nous lever, il y a pas mal de choses à faire aujourd'hui. Et pour commencer, un bon petit déjeuner à l'américaine, avec œufs brouillés, patates et bacon. Nous avons décidé de ne pas le faire trop souvent, maximum une fois par semaine, mais il faut bien fêter notre arrivée.

Ensuite, deux premières choses à régler : obtenir une carte SIM, pour pouvoir appeler et surfer sans exploser nos factures, et aller acheter les outils que nous n'avons pas pu embarquer avec nous sur l'avion, la faute aux normes de sécurité. Nous nous rendons donc une nouvelle fois au centre ville, qui de jour apparaît bien plus vivant que le soir précédent. Il fait beau et chaud, la promenade est agréable et au prix de quelques aller-retours entre différents magasins, nous réussissons à trouver tout ce qu'il nous faut.

Nous prenons le bus pour Brisbane, pas très loin de l'aéroport, pour éviter de payer à nouveau près de 40$ l'aller simple en taxi ou navette. Les messages de la maison commencent à arriver nombreux, et cela nous laisse le temps de répondre. Après quelques minutes, des sirènes commencent à retentir un peu partout. Des voitures de police et des ambulance nous dépassent. Nous traversons des quartiers assez délabrés et mal famés, et peu après, la raison de toute cette agitation apparaît sous la forme d'une voiture en travers d'un croisement, l'avant totalement détruit. De nombreux officiers de police entourent les lieux de l'accident, et il semble probable que celui-ci soit survenu après une poursuite. Peut-être que la télévision nous a habitué à voir le dramatique partout, mais dans ce cas je ne le crois pas. La voiture, l'ambulance et les voitures de police bloquent une bonne partie du croisement, et nous devons attendre quelques instants que le blessé soit évacué.

Le reste du trajet se déroule sans souci, et nous arrivons près de Brisbane vers midi. Il fait lourd, et nous devons marcher un moment avant d'arriver au hangar dont le transitaire nous a donné l'adresse. Lorsque nous arrivons, nous sommes accueillis par Shawn, le responsable de nos "colis". Il me demande comment nous comptons sortir les motos. Je ne comprends pas tout de suite. Le sol du hangar est surélevé par rapport à la route, pour que les contenus des camions puissent être déchargés directement et facilement. Le problème, me dit Shawn, c'est que leur rampe est hors service et qu'ils n'ont pas de camion avec un plateau élévateur à disposition. Aucun moyen de sortir les motos du hangar, à moins de tenter un saut de 1m50 qui se terminerait inévitablement par un piquage du nez et une moto et un motard détruits.

"Je me doute que vous avez un calendrier serré?" demande Shawn. "On devrait avoir la rampe d'ici la semaine prochaine". Je lui fais comprendre que cette solution ne nous ravit pas, nous voulons nous mettre en route samedi. L'entrée du hangar se fait par une rampe en ciment, mais il y a ensuite un petit couloir en forme de "S", entre des barrières fixes en métal et un grillage, qui permet tout juste à deux personnes de se croiser. C'est peut-être possible de passer par là, mais ce sera très juste. Shawn nous dit qu'il n'a pas très envie que l'on passe par là, que c'est trop juste et qu'on risque d'abîmer les motos si on n'arrive pas à les manœuvrer parfaitement. J'ai bien envie d'essayer quand même, mais il me dit qu'un camion avec un plateau élévateur est censé venir vers 18h pour livrer. Le camion n'appartient pas à la compagnie, mais on peut peut-être convaincre le chauffeur de nous donner un coup de main. S'il accepte, ce sera plus sûr que de tenter la manœuvre par le couloir. Par contre, cela veut dire laisser les motos sur les palettes pour le moment. Il a raison, cela nous laisse une chance de faire les choses proprement, et si le chauffeur refuse, il sera toujours temps de tenter le coup par l'entrée du hangar.

Il nous reste donc 5 heures à tuer, et nous allons manger un morceau chez un petit vendeur du coin. Il a une petite terrasse à l'ombre derrière le bâtiment dans lequel il se trouve, et nous profitons de l'attente pour chercher où dormir à Yosemite, dans quelques jours. Pas de camping possible, tout est plein, week-end du 4 juillet oblige. Il faudra de nouveau aller chez l'habitant. Nous réservons pour une nuit, en espérant avoir de la chance à l'un des campings qui ne prennent pas de réservations.

Vers 16h30, nous nous décidons à retourner au hangar. Shawn est là, et le camion qui devait arriver vers 18h a de l'avance, il est déjà en train de décharger. Le chauffeur n'est pas contre, mais le patron de Shawn a été averti, et il ne veut pas prendre la responsabilité. Il faut dire que le plateau élévateur du camion est assez nettement plus petit que la palette des motos : ce n'est pas une question de poids, mais d'équilibre. Du coup, c'est décidé : nous allons descendre les motos des palettes et tenter le coup.


Après quelques minutes, les motos sont sorties de leurs palettes, et nous sommes prêts à essayer. On commence avec celle d'Aurore, un peu moins lourde et moins large. Au prix de trois manœuvres dans les virages, elle passe! Shawn nous aide pour faire passer la mienne : c'est serré, mais ça passe aussi! Il est près de 18h, et il faut encore tout remonter, mais au moins, nous aurons les motos!





Nous vidons les cartons, chargeons les valises, remontons le pare-brise, les rétros, rebranchons les batteries, et après 2 heures de travail, les motos sont à nouveau prêtes à rouler. Il est tard et nous sommes fatigués, mais c'est génial de retrouver la route par la fraîcheur du soir. L'arrêt pour l'essence est aussi un peu difficile, il faut apprendre. Les pistolets à essence ont une protection en caoutchouc pour éviter les débordements. Il faut rentrer le pistolet à fond et que la protection se retrousse un peu pour que l'essence puisse couler. Le responsable de la station service finit par venir m'expliquer tout ça, et que je dois tirer sur la protection en caoutchouc en même temps que j'appuie sur la gâchette. Les esprits mal tournés comprendront ce qu'ils veulent.

Nous arrivons à l'appartement épuisés, et commandons une pizza que nous n'arrivons pas à finir. Demain, on pourra commencer à trouver nos marques.

Wednesday, July 3, 2013

Départ

Les motos sont arrivées sur place il y a environ une semaine. Comme souvent avec les américains, il y a beaucoup de paperasse et de méfiance, mais si on fait tout dans les règles, personne ne vous embête trop. Dans notre cas, notre transitaire (WorldFreight) a fait plus ou moins tout le boulot, nous n'avons eu qu'à remplir des formulaires. D'après lui, il ne devrait plus avoir qu'à récupérer les motos à l'entrepôt demain.

De notre côté, le voyage est très long. Le Genève-Londres doit décoller à 7h30, et le réveil est donc réglé pour 5h. C'est sans compter sur un contrôle de l'avion par le service d'entretien de l'aéroport, qui retarde le départ de près d'une heure - c'était bien la peine de se lever si tôt... Les passagers inquiets de manquer leurs correspondances s'empressent d'aller demander au guichet ce qui va se passer. Ils obtiennent pour toute réponse l'assurance que Londres est informé du retard, mais qu'il n'y a aucune garantie qu'un avion de plus de 300 places attende pour une demi-douzaine de personnes en retard.

Un homme d'âge moyen, typé moyen-oriental, s'agite plusieurs fois auprès de l'hôtesse qui tente de gérer la situation. Son bagage a été embarqué sur notre avion, mais son billet est pour un autre vol Genève-Londres, qui doit partir en même temps d'une autre porte d'embarquement. L'hôtesse tente de le calmer, voyant déjà le regard de quelques passagers américains inquiets à l'idée qu'un homme basané ait pu embarquer une valise sur un vol sur lequel il n'embarquera pas. Elle tente d'expliquer qu'il n'est pas possible que le bagage parte sur un autre vol que lui, qu'évidemment c'est une erreur de la part du personnel de l'aéroport, mais qu'il faudra que son bagage soit retiré de notre avion, et qu'il ne sera alors plus temps de le transférer sur l'autre, qui lui, est à l'heure. L'homme insiste, il dit que sans son bagage, son voyage d'affaires est inutile, qu'il veut voir le supérieur... rien à faire. Finalement, l'hôtesse lui propose d'annuler son billet, et l'homme, toujours en colère, accepte en exigeant d'obtenir un contact auprès de qui déposer une plainte formelle.

Nous embarquons enfin vers 8h15. L'avion décolle avec une heure de retard, mais nous avons été informés de la porte d'embarquement du vol Londres-San Francisco. Pas besoin de changer de terminal, heureusement, et nous y arrivons seulement 45 minutes après avoir atterri sur le sol britannique. Cette fois-ci, c'est le vol pour San Francisco, et les questions rituelles sont un peu moins absurdes que les dernières fois que nous avons fait le voyage. On ne nous demande pas de certifier que nous ne sommes pas des terroristes, ou pire, des communistes. L'avion doit décoller à 10h35 locales, mais là aussi, il y a du retard. Nous restons près d'une heure assis avant que l'on se mette en mouvement. Encore un problème de bagage à bord, alors que le passager n'est pas là.

Les places economy plus, que nous avons demandées pour les vols transatlantiques, n'apportent pas franchement grand chose par rapport aux normales. Les repas sont servis : les hôtesses ont décidé de passer le plateau en entier au micro-ondes, au lieu d'y passer seulement les plats qui en avaient besoin, avec les conséquences que je vous laisse imaginer sur la salade et le morceau de beurre. Celui-ci s'est répandu sur l'ensemble du plateau repas.

Le vol, le plus long que nous ayons jamais fait, paraît interminable. Au bout du troisième film, je demande à Aurore combien de temps il reste avant d'atterrir. Mes jambes commencent vraiment à s'engourdir. La réponse est décevante : "Encore quatre heures."

Quand nous arrivons, plusieurs solutions s'offrent à nous pour nous déplacer jusqu'à notre point de chute à San Francisco. Nous prenons un genre de taxi partagé. Le conducteur, un chinois, est plein de vie, mais il ne connaît pas l'endroit que nous lui indiquons. Un autre passager utilise son smartphone pour l'aider à trouver. Le conducteur décide de déposer les autres passagers, et de se débrouiller ensuite pour trouver notre adresse. Il s'ensuit un premier tour de San Francisco, imprévu mais sympathique, à bord de cette navette. Le conducteur, qui veut se rattraper de ne pas connaître l'endroit que nous lui avons indiqué, nous signale, que l'énorme pont rouge devant lequel nous passons s'appelle le "Gowden Gate Bwuidge". Je ne sais pas s'il s'imagine que beaucoup de gens arrivent à San Francisco sans le connaître, mais il insiste. Un peu endormis - cela fait plus de 20 heures que nous sommes réveillés - nous ne réagissons pas assez vivement à son goût : "Gowden Gate Bwuidge!" répète-t-il enthousiaste. Il faut dire que le brouillard est tombé et que pour tout pont, on ne voit que deux colonnes plantées dans l'eau. L'ébahissement, j'espère, sera pour dans quelques jours, quand nous le traverserons à moto pour commencer notre route vers le nord.

Après avoir finalement réussi à diriger notre étonnant chauffeur, en utilisant la carte de la ville que nous avons trouvée à l'aéroport, nous arrivons à notre chambre, et décidons de nous poser quelques instants avant d'aller faire un tour en ville pour acheter une carte de téléphone et quelques outils pour la moto. Je me réveille 4 heures plus tard, nous avons dormi jusqu'à 20h30 heure locale. Le temps de nous rendre en ville, sans avoir vraiment cherché où aller, nous arrivons en plein quartier financier à 21h30 environ. Tout est fermé, et nous rencontrons à peu près autant de clochards que de touristes. Nous ne cherchions pas grand chose pour ce soir, de toute façon, et nous rentrons à la maison après un sandwich et une boisson. Le brouillard persiste, et donne une ambiance très "film noir" au quartier de Twin Peaks. Il est temps d'aller dormir encore un peu, car demain il y a encore beaucoup de choses à faire.

Préparation

Difficile de savoir par où commencer, tant ce projet nous trotte dans la tête depuis longtemps. La manière dont l'idée nous est venue? Les longues heures passées à parcourir le net pour préparer chaque étape, défricher les adresses, les routes, les points d'intérêt? Le début des préparatifs proprement dits, il y a environ 6 mois, quand nous avons commencé à nous renseigner véritablement sur le moyen d'envoyer les 2 motos à San Francisco? Il faudrait des pages et des pages pour tout raconter, et nous sommes déjà sur place, prêts à prendre la route dans 3 jours, si tout va bien.

La préparation des carnets de route était certainement une partie importante pour moi. Etant donné que j'avais plus de temps qu'Aurore au moment où elle a été faite, c'est principalement moi qui m'en suis occupé. 50 étapes, vécues une à une avant même d'avoir fait le premier kilomètre. Avec mes examens et la fin de l'année scolaire, Aurore a beaucoup géré de choses ces derniers temps, en particulier la préparation de nos bagages.


Ces derniers mois ont été une course à mener sur plusieurs fronts, et je crois que finalement nous avons enfin commencé à sentir que le voyage prenait corps au moment où nous sommes allés mettre les motos sur les palettes. Nous avons passé la journée chez Inter-Motos, mon garage au Mont-sur-Lausanne, et avec l'aide des gars de l'atelier, le tout a été fait assez vite. A deux, ça aurait été presque impossible.