Tuesday, August 13, 2013

Arrivée à Anchorage

Jeudi 8 août

Le lendemain matin, Eric a préparé des pancakes pour le petit déjeuner, parfait commencement pour cette journée. Nous allons ensuite nous préparer pour le départ et remercions Eric et Cynthia pour leur chaleureux accueil. Le soleil nous accompagne encore pour cette nouvelle journée, mais la température commence a descendre. Ca devait arriver tôt ou tard..

Nous sommes agréablement surpris sur la route de découvrir des paysages encore différents du Canada et vraiment bluffants, dont ce glacier que nous apercevons sur ces photos. Nous croisons aussi beaucoup de cyclistes.



Nous décidons d'aller le voir de plus près, mais bientôt nous sommes stoppés par une barrière, et quand nous allons nous renseigner dans le bâtiment la jouxtant, nous apprenons qu'il faut payer vingt dollars et en plus lire et signer un règlement, le tout pour circuler sur le chemin de gravier qui mène au pied du glacier. Du coup, nous repartons un peu déçus mais pas dupes.

Le midi nous nous arrêtons dans un RV Park au bord de la route qui fait aussi café. Nous déjeunons et au moment de repartir nous voyons arriver le groupe de cyclistes vus plutôt. Il s'agit de cyclistes qui roulent pour l'association LiveStrong depuis le Texas jusqu'en Alaska. Ils ont ainsi parcouru six mille cinq cent kilomètres à la force de leurs jambes! Nous saluons la prestation et partons pour la suite de notre route.



Nous ne pouvons nous empêcher de nous arrêter régulièrement pour profiter des magnifiques paysages que nous offre la région.




Le temps se dégrade en se rapprochant d'Anchorage, et nous arrivons chez nos hôtes David et Kelly sous la pluie. C'est leur première expérience AirBnB, alors ils sont assez excités par notre arrivée. Kelly nous dit dès le départ de ne pas hésiter à leur dire si quelque chose ne va pas, qu'ils puissent s'améliorer pour les futurs pensionnaires! Ils nous proposent de partager leur repas, et nous demandent si nous avons des préférences pour nos goûts alimentaires. Nous en profitons aussi pour leur proposer de cuisiner à notre tour demain soir, cela me faisant plaisir de retourner vers les fourneaux de temps en temps! Nous passons une très bonne soirée en leur compagnie et nous couchons tôt, un peu fatigués malgré cette courte journée.

Monday, August 12, 2013

Tok-Glennallen

Nous échouons au visitor center à Tok pour nous renseigner sur les logements dans le village. A l'entrée, nous rencontrons un couple d'italiens qui reviennent de la Dalton Highway, route que nous pensons sérieusement à faire ces prochains jours. Cette route mène à Deadhorse, au bord de l'océan arctique. L'homme nous dit qu'ils sont allés jusqu'à Wiseman, qui est un peu après le cecle polaire, aux deux tiers de la route. D'après lui, la fin de la route n'est pas aussi sympa, et depuis le col qui est un peu après Wiseman, on peut voir l'océan arctique. Pour nous c'est une bonne alternative, on ne perd pas trop de jours pour faire l'aller retour, et nous aurons fait la partie intéressante.

Nous nous dirigeons ensuite vers un camping que nous a conseillé la dame du visitor center. La jeune fille à l'accueil nous dit que le RV Park a été voté le plus fun d'Alaska! De plus elle ajoute que tous les soirs, il y a un lancer de pancakes qui permet de gagner un petit déjeuner pour le lendemain matin, qui va débuter dans quelques instants. Nous allons donc rapidement poser les motos sur notre emplacement avant d'aller essayer de gagner notre petit déjeuner.

Le jeu consiste à essayer de lancer des pancakes dans un seau. Nous avons droit à deux essais, mais attention, le premier, même s'il est réussi, ne compte pas, il faut absolument réussir le deuxième lancer. Il y a une quinzaine de personnes dont nous. Quand c'est notre tour, malheureusement ni l'un ni l'autre ne réussit à lancer ses pancakes dans le seau. Nous repartons donc pour installer la tente pour la nuit.

Le lendemain matin, lever de camp direction Glennallen, une petite ville entre Tok et Anchorage. C'est une petite journée, la route entre Tok et Anchorage étant trop longue pour être faite en une seule fois. Sur le bord de la route nous croisons aussi notre premier élan femelle, qui mange tranquillement de l'herbe en regardant les véhicules passer.
Comme la veille, nous allons nous renseigner pour les logements, et ressortons avec une liste de plusieurs B&Bs.

Nous en choisissons un, et nous nous apercevons rapidement que notre choix est le bon. Nous arrivons en effet chez Eric et Cynthia, qui reviennent d'une journée à la pêche au saumon. Ils nous proposent d'aller voir la chambre pendant qu'ils s'occupent de ranger leur matériel. Le chalet est très sympa, et la chambre aussi. Lorsque nous redescendons pour confirmer la location de la chambre, ils sont en train de vider la glacière. Ils nous racontent qu'ils ont pêché soixante quinze saumons! En tant que résidents d'Alaska ils ont le droit de pêcher pour leur propre consommation, mais nônt pas le droit de vendre les fruits de leur pêche. Ils ne peuvent pas en garder autant, alors ils décident d'en donner à leur entourage et à leurs pensionnaires. Ils nous proposent donc de partager leur souper. Au menu, saumon en papillote! Nous nous régalons et passons une très bonne soirée en leur compagnie ainsi que celle des autres personnes ayant une chambre au B&B.

Cette étape est la première ou nous n'avons pris aucune photo/vidéo, mais nous nous rattraperons les prochains jours.

Sunday, August 11, 2013

Sur le toit du monde

Avant de repartir, plusieurs personnes viennent nous dire bonjour alors que nous sommes en train de charger les motos sur la 2ème Avenue de Dawson City, une avenue en terre, comme le sont toutes les rues ici à part celle le long de la rivière, Front Street. Il y a un hipster local, qui nous trouve trop cool. Ensuite, c'est un couple du Montana, lui avec un Stetson, elle toute timide, qui reste derrière. Nous allons passer près de chez eux, entre Belt et Monarch, et il est passionné de motos, alors il insiste pour que nous allions dormir chez eux, et il nous changera nos pneus et nous fera une vidange de l'huile : nous prenons volontiers sa carte. Enfin, un motard local, qui veut nous faire le topo de toutes les routes de l'Alaska. Nous n'arrivons presque plus à décoller, mais c'est toujours aussi agréable que de voir tous ces gens venir spontanément nous voir et s'intéresser à notre projet. Pour finir, nous profitons d'un moment de calme pour nous mettre en route, et nous allons prendre le ferry qui nous amène sur l'autre rive.



Après quelques kilomètres, le goudron laisse la place aux graviers et à la poussière. Il commence à faire frais, car la Top of the World monte régulièrement : on passe de 350 m d'altitude à Dawson, à une longue série de virages qui suivent les crêtes, entre 1000 et 1200 m. La vue est magnifique, malgré le léger voile de fumée dû aux incendies, qui empêche de voir jusqu'à l'horizon. La route est toujours bonne, et nous nous amusons à enchaîner les virages.

La fumée des incendies





Au sommet d'un col, dans un virage à gauche, une petite zone de repos permet de s'arrêter pour quelques photos, et d'apercevoir le poste de frontière à quelques centaines de mètres de là. Nous y sommes! Déjà plus de 8'000 kilomètres dans les pattes en un mois, mais nous sommes arrivés de San Francisco jusqu'en Alaska!


Juste à côté de nous, un homme d'une cinquantaine d'années est en train de s'affairer autour de son grand RV, immatriculé en.. Belgique! Nous qui avons vu les difficultés pour faire envoyer deux motos aux USA, nous ne voulons même pas imaginer ce qu'il a fallu faire pour y faire envoyer un monument pareil. Il vient nous voir, et nous discutons un moment de la route, et de nos parcours respectifs : sa femme et lui sont en train de faire un tour du Monde! Nous avons hâte de passer la frontière, et lui de reprendre la route, alors notre rencontre ne dure que quelques instants, mais les circonstances lui donnent une saveur particulière.

Le douanier au poste de frontière ne mérite pas que l'on s'attarde sur lui : disons simplement qu'il fait honneur à la réputation de sa confrérie (en tout cas pour ce qui est des américains). Il a vraiment bien choisi son métier. Mais quand on veut passer de l'autre côté, on se passe de commentaires au sujet de l'attitude du douanier. Le visa, tamponné à San Francisco, n'oblige pas ce petit bonhomme aigri à nous laisser entrer, il est seul juge. Alors je retiens mes injures entre mes dents, et je laisse passer les remarques : et lui se décide enfin à nous laisser passer tout court. Nous voici de retour aux USA, quelques milliers de kilomètres après.


Quelques virages plus loin, le panneau "Welcome to Alaska" nous attend pour la photo. Enfin, pour le moment, il est pris d'assaut par le contenu de trois autocars. Une bonne centaine de personnes, des retraités pour la plupart, mais pas seulement, est en train de passer, presque une à une, pour la photo souvenir. Quelques uns viennent nous voir et s'intéressent à nous. Quand ils apprennent que nous habitons en Suisse et que nous sommes partis de San Francisco, ils nous prennent pour des stars et veulent une photo avec nous! Finalement, le signal est donné pour annoncer le départ imminent des bus. Les passagers remontent tranquillement, et tout à coup nous nous retrouvons tout seuls sur cette esplanade, ce qui nous laisse le temps de prendre la photo à notre tour, avec les motos, puis de profiter un moment de la vue et du silence.


Il est près de 14 heures, et nous sommes encore loin de pouvoir déjeuner. Il n'y a rien sur la Top of the World jusqu'à Chicken (à part un caribou, qui s'enfuit lorsqu'il voit nos motos débouler). La route du côté américain devient moins bonne pendant quelques kilomètres. Les graviers se transforment par endroits en pierres, et la poussière en boue. Cette zone de travaux dure quelques kilomètres, et nous sommes obligés de ralentir - pas plus de 30 km/h pour les portions les plus difficiles. Mais ensuite, nous retrouvons un chemin de meilleure qualité, et nous arrivons enfin à Chicken vers 16h, très affamés.

Le "village", complètement perdu au milieu de nulle part, n'est en fait qu'un lieu d'arrêt pour les voyageurs. Hormis un café et un magasin de souvenirs, il n'y a rien ici. Les Natives habitent un petit groupe de maisons qui n'est pas visible depuis la zone d'arrêt, et on a vraiment l'impression d'être dans un lieu oublié de tous. La propriétaire du café explique qu'elle n'habite pas ici, qu'elle vient simplement y travailler en été, tant que le café est ouvert. Officiellement, Chicken compte 7 habitants..



Aux toilettes messieurs, une affiche sur la porte des cabinets explique qu'au moment de l'arrivée des premiers chercheurs d'or dans la région, lorsqu'il a été question de créer le bureau de poste du village (qui existe toujours), on aurait voulu appeler l'endroit Ptarmigan, du nom d'un oiseau présent dans la région, proche de la perdrix. Mais on ne réussit pas à s'accorder sur l'orthographe à utiliser, et le nom choisi fut finalement Chicken (poulet, pour les non francophones).

Après la pause déjeuner, puis une pause sieste peu de temps après (qui devient de plus en plus systématique, malheureusement), nous retrouvons le goudron. En haut d'une petite côte, au bord de la route, un couple nous fait signe de nous arrêter. Ils ont la soixantaine, et nous les avons croisés à Chicken quelques minutes plus tôt. Ils ont l'air en sueur, et heureux que nous nous arrêtions. Ils nous demandent d'avertir leur fils, qui se trouve à Tok, que leur RV est tombé en panne, et qu'il faut qu'il vienne les chercher. Nous prenons note de leur nom, de l'endroit où ils se trouvent, et de l'endroit où trouver leur fils, mais une dizaine de minutes plus tard, une voiture venant en face nous fait des appels de phare. Il s'agit du fils, qui s’inquiétait de ne pas les voir arriver, et qui est parti les chercher. Nous le rassurons, et il poursuit son chemin pour aller récupérer ses parents. L'entraide dans ces régions est souvent essentielle.

Nous arrivons à Tok, et trouvons un camping. Nous sommes très fatigués, mais la journée a certainement été l'une des plus belles et des plus excitantes depuis que nous faisons des voyages à moto. Les moto s'en souviendront elles aussi : la poussière s'est infiltrée partout, même sous nos polochons.



Saturday, August 10, 2013

Dawson City

De Carmacks, notre prochaine destination est Dawson City, ancienne capitale et aujourd'hui la deuxième ville la plus peuplée du Yukon avec près de 2'000 habitants! La Klondike Highway, qui relie donc les deux premières "villes" du territoire, continue de comporter de nombreuses zones non goudronnées, mais avec le beau temps et les pneus adaptés, ce n'est que du bonheur. Nous atteignons en milieu de matinée les Five Finger Rapids, quatre petites îles au milieu du fleuve Yukon, qui le séparent en 5 couloirs de rapides. Aujourd'hui, elles n'ont certes rien de très impressionnant pour des rafteurs correctement équipés, mais il faut s'imaginer l'épreuve pour les chercheurs d'or sur leurs radeaux, à l'époque où aucune route ne passait à proximité.



Nous traversons ensuite deux rivières, la Pelly et la Stewart, aux villages de Pelly Crossing et Stewart Crossing respectivement. Encore une fois, pas grand chose à y voir, mais c'est l'occasion de faire une pause, et de rencontrer d'autres motards sur notre chemin. Nous en rencontrons un, sur sa V-Strom (mon ancienne moto), et la discussion s'engage rapidement. Ils nous rassurent sur l'état de la route un peu plus loin. Etonnant comme le son de cloche peut être différent d'une personne à une autre, et difficile de savoir à quoi s'attendre exactement, mais pour l'instant, nous n'avons pas rencontré de route aussi difficile que les plus pessimistes ont bien pu nous décrire, alors nous touchons du bois.

Nous nous arrêtons pour manger au Moose Creek Lodge. Nous n'avons pas choisi, c'est le hasard qui l'a voulu, mais il semble bien que nous soyons tombés sur des "compatriotes", car le drapeau bernois nous saute tout de suite aux yeux. La patronne n'est pas là, mais elle est remplacée par une autre suissesse, venue pour l'été pour travailler dans ce coin perdu.


Nous arrivons à Dawson City. Nous avons décidé de nous y arrêter toute la journée de demain : cela fait 9 jours de suite que nous roulons, et nous avons un jour d'avance sur le planning qui doit nous amener à Anchorage à temps pour la révision de nos motos. Nous qui pensions que Whitehorse cultivait son côté Far West, nous n'avions encore rien vu! La ville de Dawson a servi de base à toutes les expéditions de chercheurs d'or dans la région, et sa population a fluctué, même encore ces dernières années, en fonction notamment du prix de l'once d'or. Après les premières années de la ruée vers l'or, lorsqu'il s'est avéré qu'une communauté s'établissait bel et bien à cet endroit, un certain nombre de services ont été mis en place, comme un bureau de poste, des banques (pour échanger l'or), une école, et ainsi de suite. Ces bâtiments historiques ont été préservés, et sont aujourd'hui intégrés dans les visites organisées par le centre d'informations pour les touristes. C'est par le centre que nous apprenons que l'un des hôtels de la ville, le "Downtown Hotel", fait de bons prix en fin de journée sur leurs chambres encore libres, et nous en profitons après avoir été boire un verre au pub du coin en attendant qu'il soit l'heure de l'obtenir.



L'unique épicerie du village.



La "Bank of British North America", bâtiment classé historique.

Même les ampoules sont d'époque!

Ici, le permafrost cause des soucis pour la construction. Le sous-sol est en effet gelé en permanence, mais la chaleur dégagée par une habitation peut le réchauffer, et le "ramollir". Si la maison n'est pas surélevée, il y a un risque que la base se déforme, et que la maison se mette à pencher sérieusement!

Dans le "Red Feather Saloon", autre bâtiment historique. Notre guide francophone en habit d'époque.

La poste, bâtie au début du XXème siècle. Il existe depuis un nouveau bureau, tout à fait moderne, mais qui comporte encore aujourd'hui des boîtes postales, auxquelles tous les habitants doivent passer récupérer eux-mêmes leur courrier, puisqu'il n'y a pas de tournée de distribution organisée. La poste est donc encore aujourd'hui un endroit central dans la vie locale des habitants de Dawson.

La ville et toutes ces infrastructures se trouvent sur la rive Est du Yukon, mais une centaine d'habitants, dont notre guide, habitent de l'autre côté, et en été, ils doivent utiliser le ferry tous les jours pour venir travailler. En hiver, la rivière est gelée, et une route est créée sur la glace. Au printemps et à l'automne, quand la glace n'est pas assez solide, ces habitants sont bloqués de l'autre côté pendant 4 à 6 semaines! Ils doivent prévoir des vivres et tout le nécessaire pour tenir pendant cette période, et l'avertissement pour la fermeture de la route, par exemple, n'est donné que 24 heures à l'avance, ce qui ne laisse que très peu de temps pour aller faire le plein.

En nous promenant, nous remarquons une moto avec des plaques zurichoises, dont le propriétaire doit se trouver dans la chambre du motel devant lequel elle se trouve. Le lendemain, nous la retrouvons alors que nous atteignons le sommet de Midnight Dome, ainsi nommé car on peut y apercevoir le soleil de minuit, et qui surplombe la ville. Le propriétaire est là, accompagné d'un collègue de voyage floridien. Sur la moto de ce dernier, des autocollants de tous les pays du Monde - du moins c'est ce à quoi cela ressemble : Argentine, Ukraine, Chili, Australie, Afrique du Sud, Corée-du-Nord et du Sud... Les deux amis ont fait le tour du Monde l'an dernier, mais ont dû s'interrompre à Los Angeles faute de temps, alors qu'ils espéraient pouvoir terminer à Prudhoe Bay, sur l'Océan Arctique. Le zurichois a décidé de laisser sa moto en Californie pour revenir cette année finir leur tour du Monde avec son ami. Nous discutons un long moment de la route à venir : la partie après Dawson City est censée être la plus difficile d'après de nombreux motards rencontrés. Les deux confirment, mais nous rassurent en nous affirmant que ce n'est rien de bien terrible. Et que si nous arrivons à faire la "Top of the World" demain, alors nous pourrions tout à fait faire la Dempster, ou la Dalton - cette dernière menant justement à Prudhoe Bay et à l'Océan Arctique, au-delà du cercle polaire. L'idée nous plaît, et nous décidons d'y réfléchir sérieusement, quitte à couper une partie de nos plans pour la suite, en particulier dans les grandes villes. Nous sommes passés devant le début de la Dempster hier, et nous ne pouvons pas revenir en arrière, surtout avec le rendez-vous pour les motos à Anchorage dans 3 jours, mais la Dalton Highway part de Fairbanks, où nous allons passer par la suite. Nous discutons encore un moment avant qu'ils ne repartent, et nous laissent profiter de la vue sur la rivière, dans une ambiance un peu surréaliste, puisque des feux de forêts à quelques dizaines de kilomètres de la ville créent un voile de fumée au-dessus de la vallée.

 




 
De retour au village, nous allons visiter la dernière attraction ("last but not least!"), le casino/cabaret Diamond Tooth Gertie's. L'endroit est bien rempli, et les trois spectacles chaque soir attirent beaucoup de touristes. Il n'y a de toute façon pas grand chose d'autre à faire que de venir boire un verre et profiter du spectacle, certes, mais les chansons pleines de malice de la meneuse de revue, entrecoupées par les danseuses de french cancan valent certainement le déplacement.




Thursday, August 8, 2013

Premiers secteurs non pavés

Vendredi 2 août

Quelques minutes après la pause photo à l'entrée du Yukon, nous atteignons enfin la Alaska Highway, la route principale qui permet d'atteindre l'Alaska depuis le reste du pays. Officiellement, ce n'est que la portion entre Dawson Creek, en Colombie Britannique, et Delta Junction, en Alaska, qui en fait partie : seulement 2232 km. La route change alors de nom pour devenir la Richardson Highway jusqu'à Fairbanks. Mais pour le moment, nous n'allons emprunter que la partie qui va de la jonction, pas loin de Watson Lake, jusqu'à Whitehorse, la capitale du territoire du Yukon. Et les paysages donnent envie de voir le reste.



A Teslin, où nous nous arrêtons pour la nuit, un pont enjambe l'un des trois bras du lac qui porte le même nom, et nous amène à un petit motel. C'est mon anniversaire, mais les 480 km couverts aujourd'hui, suivis d'un plat de saucisse de caribou avec ravioles de patates ont définitivement raison de nous, et nous allons nous coucher bien tôt. De toute façon, Teslin est un petit patelin, et il n'y a pas grand chose à faire, si ce n'est apprécier la vue du lac depuis le porche devant la chambre, ce qui n'est déjà pas mal.

 


Au réveil, il ne nous reste que deux heures en selle pour rejoindre Whitehorse, grâce à la grosse journée d'hier. Nous y arrivons à l'heure du déjeuner. La capitale du Yukon est aussi de très loin la ville la plus peuplée du territoire, avec 27'000 habitants, pas loin de 80% de la population totale d'un territoire qui fait presque la même surface que la France métropolitaine. Ici, Main Street cultive des airs de Far West, et l'ambiance est assez sympathique, mais nous y repasserons au retour de l'Alaska, et préférons repartir rapidement pour continuer sur notre bon rythme. C'est à partir de maintenant que la route peut potentiellement devenir un peu plus difficile, et nous ne voulons pas prendre plus de retard, car nous avons pris rendez-vous à Anchorage dans une semaine pour faire réviser les motos.

La route que nous empruntons en direction de Dawson City s'appelle ici la Klondike Highway, du nom de la région vers laquelle elle amène. Le Klondike fut une destination très prisée à la toute fin du XIXème siècle par les chercheurs d'or, après que de nombreux filons eussent été découverts dans les rivières de ces contrées. En fonction de la quantité d'or disponible dans les lits des cours d'eau, et du prix de l'or, la population des petites communautés ainsi créées allait fluctuer au cours des années. Certaines restent encore actives aujourd'hui, mais on n'a encore jamais entrepris de goudronner l'intégralité de la Highway.


La route est malgré tout en très bon état. En fait, après une petite phase d'adaptation au cours de laquelle on s'habitue à sentir les pneus flotter un peu sur les graviers, on est presque mieux sur ces secteurs-là, car les sections goudronnées souffrent beaucoup les hivers rigoureux de la région, et les nids-de-poule ont tendance à devenir de plus en plus fréquents. Les portions non goudronnées, elles, présentent une surface très régulière, sur laquelle on roule sans problème à plus de 80 km/h, une fois pris le coup de main. Les graviers sont de taille variable, mais jamais trop gros pour devenir dangereux lorsqu'ils s'envolent (tant qu'on ferme bien la visière du casque, ce que l'on fait de toute façon pour éviter la poussière), ni trop profonds, ce qui rendrait la progression difficile.

La route longe pendant quelque temps Fox Lake, d'où partit au début de l'été 1998 un incendie qui brûla une bonne partie de la forêt de la région. Il faut dire qu'ici, la quantité d'arbres et l'éloignement de tout font une combinaison idéale pour des incendies terribles. Celui-là ne fut éteint qu'au printemps suivant, et l'on peut encore en voire les séquelles 15 ans plus tard.



Nous atteignons Carmacks au terme d'une nouvelle journée bien remplie, et trouvons un petit bed and breakfast dans la forêt, avec une chambre où tout est orné d'images de cerfs, des tapis aux tableaux, en passant par les assiettes, les draps ou le canapé.


Sunday, August 4, 2013

Cassiar Highway

Mardi 30 juillet

Nous passons le pont sur la Skeena River, qui marque le début de la Stewart-Cassiar Highway. Cette route, longue de près de 900 km, est la seule alternative à la Alaska Highway pour atteindre l'Alaska par la route depuis la Colombie Britannique. Initialement, la ville de Cassiar, une cité minière proche de l'Alaska Highway, y était reliée par une route en graviers. De l'autre côté, une route partait du Sud pour atteindre Stewart, où l'on trouvait de l'or et de l'argent. Dans les années 60 et 70, la jonction entre ces deux routes fût faite, à travers des régions jusqu'alors inexplorées. Au cours des années, les travaux se sont succédé pour améliorer la route, et nous nous apercevons bientôt qu'elle n'a plus rien de bien difficile aujourd'hui. Malgré tout, les paysages traversés restent complètement intacts, et la faune s'y porte très bien, comme nous pouvons rapidement le constater (on ne voit pas grand chose, mais c'est bien un jeune ours brun qui traverse la route, à une trentaine de mètres devant nous).



Après quelques fermes en début de route, il n'y a ensuite plus aucun village sur les 250 premiers kilomètres de la route, juste la nature. Nous arrivons en fin de journée au Bell II Lodge, premier arrêt possible, auquel, pour le moins, la pause pour de l'essence est indispensable. Mais nous avons commencé la route après la pause de midi, et on est déjà en fin de journée, alors nous devrons coucher ici. L'endroit est très joli, mais à 195 dollars canadiens la chambre double, le choix est vite fait : nous allons camper. Mais les emplacements sont en graviers sur sol dur, les piquets ne s'enfoncent pas de plus d'un demi centimètre. Les gens à l'accueil n'ont pas l'air d'être au courant, ils pensaient que c'était de l'herbe. On ne doit pas leur demander un emplacement pour des tentes très souvent. Et nous comprenons vite pourquoi. Toute la zone est complètement infestée de petites mouches noires, qui s'agglutinent autour de nous, nous rentrent dans les oreilles, et cherchent à atterrir près de nos yeux. Monter la tente dans cette chaleur (près de 30 degrés) ne serait pas une épreuve normalement, mais avec les insectes cela devient pénible, et nous filons nous réfugier dans le chalet pour aller boire un verre au frais. Après manger, il faut bien retourner à la tente. Nous plongeons dedans aussi vite que possible, mais une bonne vingtaine de ces mouches, dont certaines étaient probablement posées sur nous, ont réussi à entrer dans la chambre avec nous. Nous partons à la chasse jusqu'à les avoir toutes éliminées, et nous endormons parmi les cadavres, avec une question en tête : et si on doit se lever pour aller aux toilettes au milieu de la nuit, comment allons-nous faire pour empêcher une nouvelle invasion?

Au réveil, les mouches ont disparu : elles ont dû aller se coucher. Mais elles ont été remplacées par les moustiques. Et le temps de revenir de la douche, le soleil commence déjà à taper, et les mouches à revenir. C'est décidé, on ne campera que si c'est vraiment nécessaire (c'est-à-dire si les chambres sont toujours à ces prix-là..). Au petit-déjeuner, un groupe de 4 motards nous rassure : à Dease Lake, où nous comptons nous arrêter ce soir, les motels sont nettement moins chers. La pause de midi est à Tatogga Lake, tout près du village d'Iskut.


Nous y rencontrons deux motards allemands qui habitent Boston depuis plusieurs années. Ils vont dans la même direction que nous, et lorsque nous les revoyons à notre arrivée à Dease Lake, nous les rejoignons pour un café. A la table d'à-côté, un autre motard est assis, un jeune roumain installé à Vancouver. Il revient de Prudhoe Bay, à la pointe Nord de l'Alaska, tout au bout de la Dalton Highway. Il nous raconte ses aventures, la moto couverte de boue, le soleil de minuit (Prudhoe Bay est à une latitude de 70°, au bord de l'océan Arctique, bien au-dessus du cercle polaire). Nous n'irons pas aussi loin que lui, surtout après ce qu'il nous raconte, mais nos collègues allemands comptent au moins arriver jusqu'au cercle polaire.


Deux photos de Lower Gnat Lake, juste avant d'arriver au village de Dease Lake
A Dease Lake, nous trouvons un vrai petit village, avec deux motels, un petit supermarché, et même un camion de nourriture à l'emporter. Le jeune homme qui nous accueille au Motor Inn est gallois. Quand je lui demande comment il est arrivé ici, la réponse est évidente : "It's always a girl, isn't it?". Il est fort sympathique, ainsi que sa jeune assistante, qui prépare un road trip européen à travers la Grèce, l'Italie, la France et l'Espagne pour le mois de septembre. "J'aimerais bien la Suisse, mais c'est cher!" : nous ne pouvons pas franchement la contredire, et ne pouvons pas non plus lui proposer de l'héberger, puisque nous serons encore de ce côté-ci de l'Atlantique à cette époque.

Au supermarché, nous sommes une nouvelle fois un peu frappés par la grande différence de comportement entre les "natifs", les Indiens d'Amérique, et les autres. Dans toutes les régions que nous traversons, presque depuis le début du voyage, mais en particulier ces derniers jours, les natives sont présents. Il n'y a pas vraiment de ségrégation, mais on sent qu'il n'y a chez nombre d'entre eux, et en particulier les moins jeunes, aucune sympathie envers les blancs. Difficile de le décrire, mais on sent qu'il reste une grande méfiance, et que les tensions raciales sont ici au moins aussi fortes qu'entre les noirs et les blancs dans d'autres régions d'Amérique. Peut-être même plus, car la cause des Indiens d'Amérique n'est évidemment pas aussi fortement défendue que celle des noirs. Lorsque nous arrivons à la caisse, pas un sourire, c'est à peine si on répond à notre bonjour. On aimerait pouvoir discuter, comprendre, mais le visage fermé ne laisse pas d'ouverture en ce sens. Il y a des exceptions, comme le futur chef du clan Laxskik à Kitwanga, rencontré au camping quelques jours plus tôt. Mais l'impression que nous ressentons depuis que nous sommes arrivés, est qu'une bonne partie du peuple indigène se sent totalement laissé de côté, tiraillé entre l'envie de conserver sa culture et ses racines, et le besoin de rester isolé pour y parvenir. Les jeunes qui restent n'ont pas grand chose à faire de leur vie, et se tournent beaucoup vers l'alcool, les drogues ou le jeu. Que faire d'autre, dans ces villages voués à rester des lieux de passage? Personne ne veut venir s'installer ici, pas même notre ami gallois, qui habite en fait Smithers, à 600 km au sud, et ne vient que pour travailler. Le prix des maisons en vente, dont les annonces tapissent le mur d'entrée du supermarché, en sont la preuve : 160'000 dollars pour une belle maison de 250 mètres carrés, de quoi faire rêver... L'annonce est là depuis des mois. Et pourtant, le cadre est si beau!



Nous repartons pour notre dernière demi-journée sur la Stewart-Cassiar Highway. Jusqu'ici, aucune difficulté à signaler. La route est goudronnée partout, à l'exception d'un petit tronçon en graviers d'environ 1 kilomètre peu avant Dease Lake. Un motard croisé la veille nous a dit que la partie la plus difficile était juste avant d'atteindre l'Alaska Highway. Il y a en effet encore de petits secteurs en graviers, ainsi qu'une zone en construction où l'on est en train de tasser le chlorure de calcium qui vient d'y être déposé. Ce composé est un absorbeur d'humidité, et on le dépose sur les routes en gravier pour qu'il absorbe l'humidité de l'air ambiant, et alourdisse ainsi la poussière qui compose la route, afin qu'elle reste en bon état plus longtemps. Mais cette poudre ne fait pas un revêtement très solide lorsqu'elle vient d'être posée. Malgré tout, nous passons sans trop de problèmes.

Le problème survient un peu plus tard. Alors que nous roulons depuis environ une heure, j'entends Aurore crier dans l'oreillette. C'est un cri de douleur. Et il est suivi de plusieurs autres, tandis que je lui demande si ça va, et ce qui vient de se passer. Elle ne répond pas, n'arrivant qu'à pousser d'autres cris, tandis que nous nous arrêtons. Je vois qu'elle tient sa jambe gauche éloignée de la moto. Quand elle parvient à se reprendre un peu, elle me dit que la raison de cette douleur est un oiseau! Et pas un petit. En regardant en arrière, il y a en effet un oiseau au milieu de la route, environ 200 mètres en arrière. Il y a du sang sur la botte d'Aurore, qui n'est heureusement pas le sien. Cela fait mal sur le coup, mais en soulevant la jambe de son pantalon, il ne semble rien y avoir de cassé, et pas de plaie non plus : elle en sera quitte pour de beaux bleus. Nous retournons en arrière pour voir s'il y a quelque chose à faire pour le pauvre oiseau. C'est un rapace, probablement un genre de faucon, mais n'étant pas des experts, il nous est difficile d'en dire plus. Ce qui est sûr, c'est que la pauvre bête, qui a piqué directement entre la jambe d'Aurore et sa moto, est certainement morte sur le coup.


Encore une petite mésaventure, mais Aurore serre les dents, et la douleur finit par passer. Les quelques motos qui passent à côté de nous ralentissent pour demander si tout va bien, et nous les rassurons. Dans ces régions, si on vous voit arrêté au bord de la route, et que ça n'a pas l'air normal, on s'arrête pour vous porter secours. Nous poursuivons notre route après cette interruption, et le paysage change brutalement dans les derniers kilomètres de cette Cassiar Highway, le résultat d'un feu de forêt, probablement assez récent.



Les nuages que l'on voit nous amèneront une averse, mais le temps d'arriver au bout de la route, au 60ème parallèle et au panneau d'entrée dans la province du Yukon, nous sommes secs, et prêts pour la photo souvenir. Dernière frontière avant l'Alaska..





Saturday, August 3, 2013

En route vers la Cassiar Highway

Samedi 27 juillet

Le départ du Mont Robson est un peu gâché par le restaurant du parc, qui annonçait que le petit-déjeûner est servi jusqu'à 10h30, et qui nous refuse de préparer quoi que ce soit alors que nous arrivons à 10h10. On avait qu'à deviner aussi, qu'il leur fallait au moins 30 minutes pour faire des œufs et du bacon, cons de clients que nous sommes...

Nous prenons la route après avoir discuté un moment avec un ado zurichois au service d'infos du parc, ainsi qu'avec quelques autres personnes que nos plaques ont encore interpellé. Mais nous sommes rapidement arrêtés par des travaux sur la route. Une des deux voies est fermée, et le préposé au panneau Stop/Go de l'autre côté a dû décider de finir sa nuit, puisque nous attendons près de 40 minutes, alors que le passage ne doit pas faire plus d'un kilomètre et demi.


Nous nous arrêtons dans un de ces lieux à tout faire pour déjeuner : à tout faire, car au milieu de plus ou moins nulle part, lorsque l'on trouve un bâtiment (le grand chalet de Purden Lake, en l'occurrence), on y trouve généralement camping / RV park, restaurant, épicerie, essence, quand ce n'est pas chambres d'hôtel et magasin de souvenirs... A l'intérieur, les trophées de chasse, sont impressionnants, en particulier un ours debout à côté de la cheminée.

Nous avons droit à nos premières gouttes de pluie (après presque un mois de route, pas de quoi se plaindre) juste avant d'arriver à Prince George. Nous avons tenu le rythme que nous avions fixé, pour pouvoir arriver à temps au rendez-vous de demain matin chez Yamaha, pour changer de pneus et monter des pneus tout-terrain. La ville n'a rien de bien intéressant, elle est même un peu déprimante, malgré le cadre de forêt toujours présent. Tout semble tourner plus ou moins au ralenti, voire pas du tout, ce qui est parfois charmant pour de petits villages, mais qui rend le tout un peu glauque pour une ville de 75'000 habitants. Au motel, il n'y a que nous et des vans remplis de hippies. Nous restons dans la chambre une bonne partie de la soirée, et nous reposons en attendant le lendemain.

A 8h30, j'arrive au garage après avoir déposé Aurore, qui range la chambre pendant que j'attends que les pneus soient montés. Deux heures plus tard, les 3 pneus à changer sont montés (le premier l'avait déjà été à Vancouver). La facture arrive : 4 heures de travail, et près de 400 dollars. Un scandale. Je demande au patron comment il explique cette somme, et il me dit que c'est un forfait, que c'est même encore plus cher pour les Goldwing. Je lui fais remarquer que le forfait n'est pas très bien réfléchi, s'il leur faut moitié moins de temps que ce qu'ils facturent, mais rien à faire, les garagistes font le prix qu'ils veulent ici. J'aurais dû demander un devis avant, je me doutais que ce serait un peu plus cher que la norme, mais profiter à ce point du fait que les gens n'ont pas trop le choix, on ne s'y attendait pas.

Nous parvenons à ne pas trop perdre de temps malgré cette mésaventure, et roulons jusqu'à Houston (toujours la Colombie Britannique, on ne s'est pas télé-transportés au Texas). Nous voulions atteindre Smithers ce soir (la ville, pas le personnage des Simpsons - je dois tout expliquer, vraiment), mais l'endroit est joli et a un camping bien noté, alors nous décidons de nous arrêter là. En allant faire des courses, je rencontre deux Australiens, qui font la route en même temps que nous. Nous discutons quelques minutes, mais je ne veux pas faire attendre Aurore. A mon retour, je croise un homme moustachu d'une cinquantaine d'années, qui promène son chien. Il est "native Americain", et alors que nous échangeons quelques mots, il me raconte qu'il vient de démissionner de son travail. Il faisait partie de ces nombreux travailleurs que nous voyons tous les jours sur les routes, qui doivent être réparées et entretenues chaque été après les rigueurs de l'hiver. Avant-hier, il en a eu assez : il retourne à Kitwanga, le village au début de la Cassiar Highway, où nous allons passer demain. Il est l'héritier du rôle de chef de son peuple, et va rentrer au village pour essayer d'améliorer les conditions de vie des siens, entre deux voyages en Harley. Son histoire est intéressante, et nous restons un moment à discuter.

Lorsque je reviens à notre campement, Aurore est en pleine discussion avec un vieux bonhomme, le mari de la patronne du camping. Il vient faire connaissance, et s'intéresse à notre voyage. Il revient le lendemain matin en nous donnant une enveloppe. Elle contient un chèque au nom d'un de ses amis, qui tient un hôtel sur la Alaska Highway. Il nous raconte que son fils, décédé il y a quelques années, et ce Ben, à qui il veut que nous rendions visite, étaient très proches, et qu'ils avaient fait un voyage du même genre. Le chèque est un cadeau pour nous encourager à aller le rencontrer, et il est accompagné d'un petit papier expliquant la différence entre l'enfer et le paradis, et comment on se retrouve à croupir dans le premier ou à profiter du second. "May the Lord be with you", nous dit-il en partant. Difficile pour nous de ne pas y voir un prosélytisme assez désagréable, qui gâche un peu ce qui nous avait initialement apparu comme un geste touchant et plein de générosité, et qui au fond, n'était certainement pas autre chose. Nous acceptons le chèque, pour ne pas décevoir ce vieux bonhomme, mais nous réservons le droit de ne rien en faire.

Nous roulons vers Kitwanga et le début de la Cassiar, anxieux de nous y frotter. La route est censée passer par des endroits très sauvages, et les distances entre villages vont en augmentant. Le vieil homme nous a dit y avoir croisé de nombreux ours. Pour l'instant, nous n'en avons vu qu'un, qui a traversé la route à toute vitesse, peu avant le Mont Robson. Mais à 300 mètres devant nous, et entre plusieurs voitures, tout ce que nous avons vu, c'est un éclair noir qui s'est engouffré dans la forêt en moins de deux bonds.


Friday, August 2, 2013

Colombie Britannique (suite)

Jeudi 25 juillet

De Kamloops, nous partons cette fois-ci plein nord. Rien de très nouveau à signaler sur les routes, nous poursuivons toujours à rythme élevé (environ 100 km/h de moyenne) car la route est large et en très bon état. Pour la pause de midi, nous tombons bien, car nous tombons justement à Avola, en Colombie Britannique, sur le pub qui sert les meilleurs hamburgers du monde! Pour un village d'une centaine d'habitants seulement, c'est assez remarquable!


Avant même d'y arriver, on comprend qu'ici on ne se prend pas trop au sérieux. De nombreux bikers ont posé leurs Harleys devant l'entrée. Le patron, un bonhomme d'une 50aine d'années, dont on dirait qu'il occupe son temps ici entre deux tournées avec Iron Maiden, nous accueille enthousiaste, et nous fait asseoir sur la petite terrasse derrière son grand chalet. Il nous tend la carte, qui offre le choix entre le hamburger (le meilleur du monde!) et le double-hamburger : nous passons commande, et il revient nous voir au moins trois fois, ainsi que les autres clients, pour expliquer qu'il faut être patients, car il faut que la viande soit bien cuite. Les enceintes envoient du bon vieux rock, avec des solos dignes de Freebird, mais que je ne parviens pas à reconnaître, honte à moi. L'attente ne paraît donc pas bien longue, et nous mangeons les meilleurs hamburgers du monde, qui finalement ne sont pas mal du tout.

Nous poursuivons ensuite jusqu'à la jonction avec la Yellowhead Highway, qui relie Calgary à Prince George, en traversant les montagnes rocheuses. Nous tournons vers l'Est sur quelques kilomètres, pour arriver au pied du Mont Robson, le sommet le plus élevé des rocheuses canadiennes, qui culmine à près de 4000 mètres.



Le camping est très beau et très calme, et nous avons même le temps de faire une petite partie de Citadelles et de prendre un apéro avant de mettre en route le feu et le repas du soir. Nous en profitons pour faire aussi un deuxième "Journal vidéo".